En 1972, le rapport Meadows, Limits to Growth, alertait sur les limites et les risques de la croissance capitaliste. En 1992 et 2004, ses mises à jour successives sont de plus en plus pessimistes[1]. Initialement, dans le modèle numérique créé par Dennis Meadows et Jorgen Randers à partir du cas concret du cuivre aux USA, le modèle capitaliste n’était « durable » que si le flux des matières utilisées diminuait, et pour cela il fallait simultanément réduire le nombre de produits en cours d’usage, réduire les pertes de matière par produit rebuté et augmenter la durée de vie des produits[2]. « Si la durée de vie moyenne de chaque produit circulant dans l’économie humaine pouvait être multipliée par deux [réparer], si l’on pouvait recycler deux fois plus de matériaux [recycler], si on avait besoin de mobiliser moitié moins de matière pour fabriquer un produit [réduire], on pourrait diviser le flux de matière par huit »[3]. Ces trois solutions font écho aux « 3Rs » bien connus de tous les spécialistes du déchet, et généralement déclinés ainsi : Reduce, Reuse, Recycle[4].

Ce papier se propose de préciser ces trois types de solutions et de les interpréter relativement à leur foi dans le progrès technique. En grossissant les traits, on montrera que le Recyclage s’accorde assez bien à une attitude High-Tech, que la Réutilisation (à laquelle il faut ajouter la Réparation) s’incarne bien dans l’attitude que nous nommons faute de mieux Middle-Tech, et que la Réduction est bien sûr la voix privilégiée pour l’attitude Low-Tech. En partant du constat que l’essentiel du problème des déchets se joue au moment de la conception des produits fabriqués ou transformés, et qu’il engage donc l’éco-conception, il s’agira de montrer qu’à travers notre rapport aux déchets se joue en réalité notre relation à la technique.

Aperçu du problème

Figure 1. Vue sur New-York depuis Fresh Kill Park, 1er mai 2010. Crédits © H.L.I.T, CC BY 2.0

Au loin, la ville. La nature, au premier plan, semble avoir repris ses droits (Fig. 1). Ce que ne montre pas cette photo, ce sont les monticules de déchets, des millions de tonnes en fait, enfouis sous ce sol. On peut cependant les deviner, car les tuyaux qui sortent du sol indiquent la présence des lixiviats sous le sol. La décharge de Fresh Kills[5] est devenue un parc, mais la directrice d’étude de l’occupation des sols pour le projet de FreshKills Park reconnaît que « nous n’avons pas résolu le problème des déchets, et nous ne prétendons pas le faire »[6]. Ce que cache donc cette photographie d’une décharge reconvertie en « nature », c’est l’excès de déchets fermés, c’est-à-dire des déchets ultimes (au sens juridique), des restes absolus (au sens philosophique), des poches d’entropie (au sens physique), des destructions d’écosystèmes (au sens écologique).

La décharge (ou le stockage contrôlé) et l’incinération (avec ou sans valorisation énergétique) sont aujourd’hui les deux principaux moyens de la gestion du déchet à l’échelle mondiale. Aucune des deux n’est une solution satisfaisante (même avec valorisation énergétique), car aucune n’échappe au déchet fermé. Le déchet fermé, c’est ce qui ne se recycle pas, ne se réutilise pas, ne se réduit pas (au cours du temps). La focalisation actuelle sur les gaz à effet de serre (qui n’est qu’un aspect du réchauffement climatique, lui-même n’étant qu’un aspect de la crise écologique) a réussi à faire passer le nucléaire pour une « technologie verte ». Pourtant les déchets hautement radioactifs sont les déchets fermés par excellence. Le déchet fermé, c’est ce qui est jeté dans l’environnement, mais qui n’appartient plus à aucun milieu, biologique ou technique. Une technologie véritablement écologique ne produirait pas de déchet fermé. Une authentique transition écologique devrait consister à réduire le nombre de déchets fermés et à augmenter le nombre d’objets ouverts.

Le déchet comme excès

Le déchet est difficile à aborder. On ne sait pas trop où il commence (avec les structures dissipatives ? avec la vie ? avec la technique ?). On ne sait pas trop où il finit (avec la valorisation ?). Le problème des déchets est moins difficile à définir, il peut s’énoncer simplement : il y a trop de déchets. L’excès n’est pas seulement quantitatif, il est aussi qualitatif. Le propre de la démesure, en l’occurrence celle des déchets, est qu’elle fait vaciller toute mesure, toute définition, tout repère. Si bien que le déchet est difficile à saisir, car si « rien n’est par nature un déchet »[7], tout peut le devenir. Par exemple, pour l’Intergovernmental Panel of Climate Change (IPCC), les molécules de CH4, de N2O et de CO2 peuvent être assimilées à des déchets de déchets (les déchets émis par le traitement des déchets). Le C02 n’est pas par nature un déchet, il est au contraire indispensable à la vie, il l’est devenu de par son excès – il a été déplacé (de la lithosphère à l’atmosphère) en excès.

Depuis quand y a-t-il pour l’humain un problème des déchets ? Notre société recyclait plus, réutilisait plus, réparait plus au début du XIXe siècle qu’au début du XXe siècle. Selon Sabine Barles, c’est durant la période 1860-1960 que le « déchet » explose et que le métabolisme des sociétés serait passé d’un modèle encore circulaire à un modèle massivement linéaire[8]. Du point de vue des déchets, les problèmes écologiques peuvent se résumer, d’une part, à la croissance des flux de matière et d’énergie et, d’autre part, à leur linéarité. La révolution industrielle n’a pas seulement créé de nouvelles matières et donc de nouveaux déchets, elle a inventé aussi de nouveaux procédés de traitement industriel des déchets (le tri, le broyage, l’incinération, le compostage, la méthanisation).

Définir le déchet est tout sauf aisé, puisque ce qui est déchet ici peut être ressource là-bas. Le mérite du droit est qu’il donne une définition : est déchet ce qui est abandonné[9]. Dans les déchets, le droit distingue les déchets dangereux (pour notre santé et celle de l’environnement) et les déchets ultimes dont on ne peut rien faire[10], ce que nous appelons pour notre part les déchets fermés. Un déchet fermé demeure un déchet, quand bien même il ne serait pas abandonné (dans le stockage ou l’entreposage contrôlés de déchets nucléaires par exemple, les déchets ne sont pas à proprement parler abandonnés, ils n’en sont pas moins ultimes ou fermés).

Le déchet fut abandonné par les sciences et les arts, ce n’est plus le cas. Au cours du XXe siècle, les sciences sociales ont su revaloriser le déchet en lui donnant un statut de fait social total, et la philosophie a considéré sa dignité ontologique, en lui donnant une consistance épistémologique et artistique. Mais valoriser le déchet aujourd’hui, cela ne consiste pas à le ré-enchanter, tel le « dandy des gadoues » imaginé par Tournier[11], cela consiste à le prévenir, c’est-à-dire à se défaire d’un système industriel fondé sur sa croissance. Ce que l’on nomme, depuis le début du XXIe siècle, l’« anthropocène », est largement une question de déchets. Il s’agit de leur retour de bâton : la Terre nous les renvoie à la figure. Les spécialistes affirment que nous sommes en train de dépasser les limites de la capacité de charge de la Terre[12] et l’on parle désormais, à propos des déchets, de grands débordements[13]. Or, la Terre ne peut pas déborder, seulement imploser.

La perspective adoptée ici est que les contraintes écologiques qui nous font face au cours de ce siècle tiennent moins à la disponibilité des ressources (limite externe sur laquelle viendrait buter le progrès technologique) qu’à la nature des rejets, tant à l’échelle locale qu’à l’échelle globale (limite interne au progrès lui-même). Le problème n’est pas tant celui du pic (pic of everything), car le problème est qu’on dispose de trop de réserves de combustibles fossiles pour se permettre de les brûler. Selon cette perspective, qui en finit avec Malthus, nous n’avons pas véritablement de problème de ressources (pas même l’eau, qui est avant tout un problème politique de gestion), mais nous avons des problèmes de poubelles[14] ! Le problème écologique est moins un problème de pic qu’un problème de surplus : nous avons trop de ressources pour nous permettre de toutes les transformer en déchets. C’est un problème d’excès plutôt que de manque. Et les excès sont de deux ordres, qualitatif et quantitatif. Les déchets hautement radioactifs sont un bon exemple d’excès qualitatif. Les déchets plastiques[15] ou les e-déchets sont un bon exemple d’excès quantitatifs. Cette distinction entre excès qualitatif et excès quantitatif n’est pas une opposition, car l’un ne chasse pas l’autre.

De l’objet-déchet à l’objet-ouvert

La thèse adoptée ici est que pour résoudre le problème des déchets fermés, il faut approfondir notre rapport aux objets et résoudre le problème de leur obsolescence. Pour cela, la philosophie des déchets (Beaune, Dagognet, Harpet[16]) apparaît moins susceptible de nous aider que la philosophie des techniques, ce qu’on pourrait appeler l’écologie des techniques (Simondon, Illich, Gorz[17]).

Un objet-déchet est un objet dont le destin est de devenir un déchet fermé. L’excès d’objets-déchets a une racine historique, que l’on nomme généralement le consumérisme. Earnest Elmo Calkings, dans son avant-propos à Consumer Engineering : A new Technique for Prosperity (1932), suggérait que « les biens tombent dans deux catégories : ceux que l’on utilise, comme les automobiles et les rasoirs mécaniques, et ceux que l’on dépense, à l’image de la pâte dentifrice ou des biscuits. L’ingénierie de la consommation doit veiller à ce que nous dépensions des produits que nous utilisions à peine avant aujourd’hui »[18]. Dans De l’obsolescence des produits (1958), Anders décrivait déjà la transformation de la production en production de déchets[19]. Cette analyse de l’objet-déchet se retrouve aussi chez Baudrillard, qui rappelle que la société de consommation a besoin de tuer ses objets pour survivre[20]. Dès lors, pour lutter contre l’obsolescence de l’humain à la manière de Gunther Anders, il faut aussi lutter contre l’obsolescence des techniques à la façon de Gilbert Simondon. La logique économique a tendance à concevoir des objets fermés, si bien que beaucoup de nos objets durent de moins en moins longtemps, alors même que nos déchets persistent de plus en plus longtemps. Selon Simondon, l’objet technique « fermé » est celui qui est tout entier constitué au moment où il est prêt à être vendu ; à partir de ce moment de plus haute perfection, il ne peut que s’user, se dégrader, perdre ses qualités. L’objet technique « ouvert », au contraire, n’est pas destiné à se dégrader en déchet, il est néoténique, c’est-à-dire qu’il est dans une certaine mesure toujours en état de construction par un utilisateur-réparateur, comme un organisme en voie de croissance. Pour cette raison, l’objet technique ouvert a un pouvoir de permanence plus grand que l’objet fermé. « La distance entre l’acte de production et l’acte d’utilisation, ce manque d’information réelle permet l’introduction de l’inessentiel, qui crée l’obsolescence »[21]. Ou encore : « C’est par ce qu’il a de non-concret qu’un objet est soumis le plus directement à l’obsolescence »[22]. L’ouverture de la boîte noire, qui conduit au refus de l’obsolescence, constitue la base de la culture technique simondonienne.

Juliet Schor a pointé du doigt ce qu’elle nomme le paradoxe de la matérialité : « c’est lorsque des consommateurs poursuivent le plus assidûment les significations non matérielles, qu’ils utilisent de la manière la plus excessive des ressources matérielles[23] ». John Bellamy Foster appuie cette idée : « Une approche réaliste de l’écologie de la consommation commencerait avec la remarque de Raymond Williams : loin d’être “trop matérialiste […] notre société n’est à l’évidence pas assez matérialiste” »[24]. Une écologie de la consommation n’est possible que si elle est fondée sur une écologie de la production, et une écologie en milieu industriel n’est possible qu’en adoptant une « culture matérielle », une « culture technique ». Être matérialiste consiste notamment à voir un flux de matière et d’énergie, un cycle de vie, là où d’autres voudraient ne voir qu’une marchandise.

Spontanément, nous concevons le déchet comme un terme, comme la fin d’un processus, mais il faudrait en réalité concevoir le déchet tout au long du cycle de vie industriel. Le déchet ne concerne pas seulement la dernière phase, celle de la « fin de vie », car les cinq phases du cycle de vie (l’extraction, la production, la distribution, l’usage et le traitement des déchets) produisent des déchets. Ce pourquoi, par exemple, on ne pourra pas résoudre le problème des déchets sans réduire le transport des marchandises[25]. Réduire les déchets (« impacts environnementaux ») tout au long du cycle de vie, est la tâche ardue des ingénieur·e·s en éco-conception[26]. L’éco-conception repose sur les méthodes d’analyse du cycle de vie d’un objet (ACV), mais elle ne saurait s’y limiter car elle suppose une écologie des usages et des pratiques[27]. Pour notre propos, la définition de l’éco-conception peut être définie par son but : augmenter le nombre d’objets ouverts et réduire le nombre de déchets fermés. Un objet peut être dit ouvert si et seulement s’il ne produit pas de déchet fermé. Autrement dit, l’objet ouvert idéal serait celui qui ne produirait que des déchets ouverts, et cela à chaque phase de son cycle de vie.

Aperçu des solutions

Il y a deux manières de répondre au problème des déchets : valoriser le déchet (gestion des déchets) ou éviter de le produire (prévention des déchets). La prévention du déchet, en amont et en aval du·de la consommateur·rice, ne concerne pas la gestion du déchet, mais la production de l’objet et son usage (Fig. 2). À dire vrai la prévention du déchet est une expression malheureuse car elle consiste d’abord à ne pas produire de déchet.

Figure 2. Prévention des déchets et gestion des déchets (d’après ADEME). Crédits © Victor Petit

RECYCLER

Le Recyclage suppose le déchet (ce pourquoi il relève de la gestion du déchet, non de sa prévention) et il produit du déchet. Cependant, le recyclage est une bien meilleure solution que l’incinération ou la décharge, qui sont les deux principaux moyens de la gestion des déchets aux échelles mondiale et nationale. Le terme de recyclage est large et implique des pratiques diverses. Il suppose le tri, la sélection ou la collecte (le tri des ordures ménagères était déjà une idée d’Eugène Poubelle). Il englobe le compostage de déchets organiques qui a cette étrange propriété de pouvoir se faire à toutes les échelles[28]. Le recyclage proprement dit implique transformation chimique, compostage ou fusion de la matière. Son but est de transformer le déchet en ressource, de le transformer en « matière première secondaire » (MPS). Ces matières sont ensuite réintroduites dans la production de solvants, de métaux, de cartons, de verre. Les procédés de transformation des composants d’un déchet en « matière première secondaire » sont loin d’être simples et homogènes. Le recyclage d’une bouteille de verre n’est pas équivalent au recyclage d’une pile, et cela car chaque matière aussi bien que chaque objet a des propriétés de recyclabilité propres. Parler de piles en général est d’ailleurs trompeur, car chaque type de pile implique une technique spécifique pour séparer les composants de la pile (pyrométallurgie, hydrométallurgie, électrolyse, distillation). Le taux de recyclabilité d’un objet se décide à sa conception. L’essentiel se joue donc du côté de la production et non de la consommation ; ce pourquoi quand bien même le recyclage de nos déchets ménagers serait optimisé, cela ne suffirait pas[29].

Le recyclage est devenu un terme général, supposé répondre à tous les défis écologiques. Or non seulement recycler n’est pas nécessairement écologique[30], mais en outre ce qu’on appelle le recyclage n’est bien souvent qu’une valorisation énergétique (par exemple, on pourra dire que l’entreprise Feed Resource Recovery propose un service de poubelles qui « recyclent » les déchets alimentaires des supermarchés en électricité).

Une solution High-Tech ?

Prévenons d’abord d’une erreur : le recyclage n’est pas en lui-même High-Tech. Les pratiques informelles de recyclage sont d’ailleurs bien souvent effectuées à la main par des populations pauvres. Le recyclage, nous l’avons dit à propos du compostage, ne définit pas d’échelle, il peut être domestique ou industriel. Si, cependant, nous qualifions High-Tech cette solution, c’est qu’elle est ardemment défendue aujourd’hui par les chantres du progrès technique. Non seulement une bonne partie du recyclage est effectivement High-Tech, c’est du moins une affaire d’ingénieur·e·s spécialisé·e·s (comme les projets CryoPur ou CO2 dissolved), mais en outre le recyclage des déchets industriels est la voie royale de ce qu’on nomme l’écologie industrielle ou l’économie circulaire. Ici le cadre devient High-Tech comme dans le cas du parc industriel de Kalundborg au Danemark (exemple paradigmatique de l’écologie industrielle) ou dans celui de Pomacle-Bazancourt en France, spécialisé dans les bio-déchets. Le rêve du recyclage parfait est celui d’un écosystème industriel qui fonctionnerait comme un écosystème naturel. Or ce rêve peut conduire à une vision étroitement technicienne des flux écosystémiques, à l’échelle cette fois-ci de la planète. Brad Allenby est le pape de cette vision High-Tech de l’écologie industrielle qui conduit directement à la géo-ingénierie[31]. Le recyclage est High-Tech dans la mesure où il participe de l’idéologie du TechnoFix, à savoir que tout problème écologique a une solution technique[32].

Figure 3. Cradle to Cradle, ou les déchets du berceau au berceau. Crédits © « Biological and technical nutrients (C2C) » by Zhiying.lim – Own work. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Certains parlent de décyclage lorsque la matière première secondaire (MPS) est de qualité inférieure et de surcyclage quand la MPS est de qualité supérieure. Le point commun entre des associations comme C2C ou TerraCycle, c’est qu’elles prétendent éliminer la notion de déchet par le surcyclage. Dans le monde idéal du cradle to cradle (C2C) un produit devient soit une ressource pour l’écosystème naturel soit une ressource pour l’écosystème technique (Fig. 3). Dans ce monde idéal, un produit fabriqué doit pouvoir être entièrement recyclable dans un produit équivalent ou supérieur, et l’énergie nécessaire à ce recyclage doit pouvoir être entièrement renouvelable. Le modèle C2C est un mensonge s’il consiste à faire croire que la croissance du PIB sans croissance de déchets est possible et que tout déchet est toujours une ressource. Plutôt que d’admettre avec McDonough et Braungart[33] qu’il est possible de sauver la croissance infinie avec le recyclage infini, ou d’admettre avec Rifkin[34] que tout sera bientôt renouvelable et gratuit, il semble plus raisonnable d’écouter Philippe Bihouix quand il dit que « le cercle vertueux du recyclage est percé de partout »[35].

Le recyclage des déchets industriels est la voie royale de l’écologie industrielle devenue économie circulaire. Mais ce beau rêve bute sur le réel et se confronte à l’incapacité de boucler les flux à toutes les échelles (spatiales et temporelles). On peut très bien, à force de travail et d’innovation, imaginer un bouclage de flux à l’échelle du produit (celle d’un téléphone portable par exemple) sans pour autant réussir à boucler les flux à une autre échelle (celle des data center par exemple). Ceux qui vendent le recyclage comme la solution à tous nos problèmes écologiques masquent la « part maudite » du « déchet ex machina ». Le déchet fermé ne rentre pas dans les boucles de l’écologie industrielle.

RÉUTILISER, RÉPARER

La Réutilisation ne fait pas tant référence au Recyclage qu’à l’upcyclage. L’upcyclage, proprement dit, consiste à réutiliser ou détourner un déchet pour en faire un objet de qualité supérieure, sans qu’il y ait transformation industrielle de la matière. Pour faire comprendre la différence entre les « 3Rs », prenons l’exemple d’une bouteille en plastique qui illustre parfaitement l’objet-déchet, essentiellement jetable, dont on abuse. 1) La première solution de valorisation consiste à recycler les bouteilles en plastique. On parle de recyclage, mais il conviendrait peut-être de parler de « décyclage », car une fois transformées en couvertures polaires, par exemple, il est impossible de les recycler à nouveau en bouteille. Pour inciter au recyclage des bouteilles en plastique, on peut imaginer des poubelles jaunes ou bien des bons d’achat[36]. 2) La deuxième solution de valorisation consiste à réutiliser les bouteilles en plastique, soit en les consignant[37], soit en les détournant de leur fonction, comme dans le cas du DayLight Project qui transforme une bouteille en « ampoule à eau ». On peut faire beaucoup de choses avec des bouteilles en plastique, comme un îlot (Spiral Island) ou une maison (Casa Ecologica de Botellas Plasticas). 3) La troisième solution n’est pas une solution de valorisation, mais de prévention ; elle consiste à cesser de produire ces objets-déchets que sont les bouteilles plastiques, ou du moins à réduire leur production.

La philosophie de la réutilisation accompagne le mouvement écologique depuis ses débuts. La Tin-can Radio (1962) du designer Victor Papanek est emblématique de cette philosophie. La réutilisation de déchets est une pratique en vogue dans les écoles d’arts, de design, d’architecture. La philosophie du réemploi, comme l’affirmait récemment l’exposition d’architecture Matière grise, consiste à consommer plus de matière grise pour consommer moins de matières premières. La philosophie de la récupération, du détournement, de la réutilisation fait écho à ce qu’on nomme l’innovation jugaad ou l’innovation frugale[38] – qui remet au jour la définition du bricolage (« faire du neuf avec du vieux »). En France, des associations comme Emmaüs, Relais (textiles), Envie (équipements électriques), ou les Ressourceries sont engagées dans la valorisation des déchets, mais on les associe à des pratiques de Récupération et de Réutilisation plutôt que de Recyclage (ce qui n’est pas nécessairement vrai). La différence entre le recyclage et la réutilisation n’est pas toujours très claire[39]. Elle semble faire écho à deux cultures, l’une concernerait l’ingénieur, l’autre concernerait l’artiste ou le bricoleur. En réalité, toute éco-conception véritable, parce qu’elle intègre la question de l’usage (et donc du réusage), implique les deux. Notons d’ailleurs que le guide de référence produit par la Technical University of Denmark fait de l’analyse de l’usage la première marche de l’écodesign[40].

Aux 3Rs (Reduce, Reuse, Recycle), les makers ont ajouté un quatrième R, celui de Réparation – prônée aussi par iFixit, restart, ou les Repair Café. Derrière les différents manifestes des makers (que l’on pourrait aussi appeler fixers), se dessine en effet un renouveau de la culture technique qui s’actualise dans la conception d’objets ouverts, dans la volonté de réparer plutôt que de recycler, dans l’idée que la demande prime sur l’offre et que la valeur d’usage prime sur la valeur d’échange.

Ce renouveau de la culture technique œuvre à produire des objets essentiellement réutilisables et réparables, modulables et durables, qui par définition réduisent nos déchets. Les exemples sont nombreux : citons le projet W.AFATE qui résume bien le mariage des FabLabs et du problème des déchets, ou le collectif Jerry Do It Together qui pense la récupération et le détournement des déchets selon une réappropriation démocratique des savoirs, ou bien encore le mouvement d’Open Source Ecology qui est d’abord né de la volonté de construire des machines réparables, ou enfin l’événement POC 21 qui illustre parfaitement le mariage de l’open-design et l’éco-design, caractéristique de cette nouvelle culture. La culture de la réparabilité et la lutte contre l’obsolescence ne sont pas cantonnées à l’univers des makers ou des Fab-Labs, mais commencent aussi à gagner les grands groupes industriels, comme le géant mondial de l’électro-ménager Seb.

En amont de tout recyclage ou de toute réparation, il y a le désassemblage ; ce pourquoi le Design for Disassembly est un préalable essentiel. Faire un objet réparable, c’est ouvrir la boîte noire de l’objet ; c’est construire un modèle aux antipodes d’Apple. Il existe des tentatives pour échapper à ce modèle, comme le FairPhone, qui tente d’ouvrir le téléphone portable sur son cycle de vie (et donc sur le travail humain), ou le Phoneblocks (Fig.4), racheté par Google sous le nom de « projet Ara », mais malheureusement abandonné.

Figure 4. PhoneBlock, réparable par conception, selon le principe DfD (Design for Disasembly)

Figure 4. PhoneBlock, réparable par conception, selon le principe DfD (Design for Disasembly). Crédits © « Phonebloks open » by Dave Hakkens – Provided by email. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Pour économiser de la matière et de l’énergie, il faut passer du tout jetable au tout réparable. Or, à partir du moment où on vend l’usage d’un bien plutôt que le bien (ce qu’on nomme économie de fonctionnalité), alors on tend à lutter contre l’obsolescence en fabriquant des supports « modulables et facilement démontables, dans le but de faciliter la rénovation, l’éventuelle amélioration, la réutilisation ou le recyclage de leurs différents composants et matériaux »[41]. Nicolas Buclet rappelle que l’économie de fonctionnalité n’est pas toujours « durable » mais espère beaucoup de son avatar qu’il appelle du sixième type, qui insiste sur la « co-conception de la fonction (et du support physique) entre le producteur et le consommateur/utilisateur, si possible en recourant à une production locale des supports »[42]. Il prend l’exemple d’Usinette, une sorte de LivingLabs dont l’objectif est de mutualiser les outils (dont des RepRap) et d’accroître la coopération entre acteurs. L’économie du partage ou l’économie collaborative semble le nouveau nom de cette économie de la fonctionnalité[43]. Si l’économie de fonctionnalité nous semble révolutionnaire, c’est qu’elle pourrait remettre en question le rapport propriétaire que nous avons à nos objets et le rapport non-propriétaire que nous avons à nos déchets. Si l’économie de fonctionnalité existait réellement, nous serions par exemple tous locataires de notre téléphone portable tandis que des entreprises comme Apple ou Samsung resteraient propriétaires de leurs e-déchets (les coûts de traitement des déchets seraient alors internalisés).

Contrairement à ce que laisse entendre Serge Latouche[44], la véritable lutte contre l’obsolescence n’engage pas tant la décroissance (la solution suivante) qu’un renouveau de la culture technique, dans la lignée de Gilbert Simondon hier et des makers aujourd’hui. Ce renouveau de la culture technique est accompagné d’une refonte des droits de propriétés et d’usages.

Une solution Middle Tech ?

Le terme « middle-tech » indique que cette solution se situe au milieu des deux autres. Elle se situe entre un techno-optimiste béat et un techno-pessimisme sans espoir, entre le techno-fix des solutions Hig-Tech et la décroissance des solutions Low-Tech. Cette solution se distingue de la précédente, car par contraste avec une certaine technolâtrie (celle de l’écologie industrielle par exemple), elle ne sépare pas innovation technique et innovation sociale, milieu technique et milieu social. Cette solution se distingue de la suivante, car par contraste avec la promotion du low-tech, elle suppose que le monde de demain sera numérique : la question est donc de savoir comment opérer une transition à la fois numérique et écologique. De plus en plus de groupes de recherches et d’actions tentent de relier ces deux transitions. Citons par exemple, Commons Transition ; Transitions2 ; MoviLab. D’André Gorz[45] hier à la révolution des communs aujourd’hui, il s’agit bien d’une transition à la fois numérique – portée par l’open source, le copyleft, et les logiciels libres – et écologique – il faudrait écrire « œcologique » car la transition écologique est aussi bien une transition économique. Une association comme l’Atelier paysan nous semble caractéristique de l’attitude « middle-tech » : son but premier n’est pas de réduire les déchets, mais les pratiques qu’elle suscite (partage de savoir et de savoir-faire, éducation à l’autonomie technique) réduisent les déchets.

Nous avons proposé ailleurs une distinction entre design de l’environnement (ce que les spécialistes nomment DfE) et design du milieu (ce que les spécialistes nomment DfS) qui fait écho ici à l’opposition entre l’attitude high-tech et l’attitude middle-tech[46]. Tandis que les premiers pensent qu’il suffit de changer de technologies pour réduire les déchets, les seconds pensent qu’il faut avant tout changer notre relation aux technologies, autrement dit, modifier notre mode de production et de consommation, notre mode de vie.

RÉDUIRE

Des « 3Rs », la réduction est le « R » le plus général et le plus ambivalent, car l’enjeu du recyclage et de la réutilisation est bien de réduire le nombre de déchets. La réduction dont il est question ici est d’abord une réduction des objets. Si le design devait assumer sa vocation écologique, « il nous faudrait alors créer des objets en plus qui auraient pour vocation à générer des objets en moins ». Cette belle formule de Gaëlle Gabillet et Stéphane Villard, à propos de leur projet Trou noir, cherche encore son effectivité.

L’hypothèse de la « soutenabilité faible », qui admet que les pertes de biodiversité et autres détériorations du « capital naturel » sont compensables par des innovations techniques ou industrielles, n’est plus tenable. Elle s’oppose à l’hypothèse de la « soutenabilité forte », plus exigeante, car elle sait que les « technologies vertes » ne suffiront pas à construire un monde durable. Tous les chiffres le montrent : il y a une explosion quasi-exponentielle des flux de matière et d’énergie. Une solution est la réduction (proportionnelle) de ces flux pour un même service ou pour une même unité de production. Une autre est la réduction (absolue) de ces services et productions, ce qui suppose de ne plus courir après la croissance. Cette dernière option était la seule sérieuse selon Georgescu-Roegen, connu entre autres pour avoir proposé une quatrième loi de la thermodynamique, en l’occurrence : « Dans tout système clos, la matière utilisable se dégrade irrévocablement en matière non-utilisable »[47]. Selon lui, ce qui entre dans le processus économique consiste en ressources naturelles de valeur et ce qui en est rejeté consiste en déchets sans valeur. Or, ce fut bien la distinction économique entre les choses ayant une valeur économique et les déchets sans valeur qui suggéra la distinction thermodynamique, pas l’inverse. Du point de vue entropique, le processus économique transforme des ressources naturelles de valeur (basse entropie) en déchets (haute entropie) ; les déchets sont un output aussi inévitable que l’input des ressources naturelles. En vérité, l’élimination de la pollution, tout comme le recyclage, n’est pas gratuite en termes énergétiques. Chaque degré supplémentaire dans la réduction du taux de pollution se traduit en outre par un coût marginal qui croît plus rapidement encore que pour le recyclage. On ne peut pas recycler tous nos déchets, car il faudrait recycler les déchets du recyclage, et cela à l’infini ; on ne peut pas réparer notre monde pollué, car l’erreur est précisément de croire que le monde est une machine réparable ; on peut par contre réduire nos objets et donc nos déchets.

La réduction est ambivalente, car il y a finalement deux manières de réduire le nombre de déchets : soit réduire le nombre de déchets relativement aux nombres d’objets (en faisant de l’éco-conception), soit réduire absolument le nombre d’objets et donc de déchets (attitude low-tech propre à tout décroissant conséquent).

Une solution Low-Tech ?

Nous parlons de Low-Tech dans le sens de Schumacher hier (et ses small-scale technologies)[48] ou de Philippe Bihouix aujourd’hui[49].

Il suffit de lire le Low-Tech Magazine, pour s’apercevoir que bien des solutions Low-Tech s’apparentent à ce que nous avons appelé l’attitude Middle-Tech. La solution Low-Tech, si elle est conséquente (ce qui est très difficile), ne s’applique pas aux industries de pointe, de grande échelle, et ne s’applique donc pas, par exemple, aux technologies numériques qui, quoiqu’on en dise, n’ont pas substitué aux biens matériels le règne des services immatériels[50]. Non seulement, la quantité de déchets générés par la fabrication d’un ordinateur est immense (presque 4 000 fois son poids[51]), mais les économies de matière et d’énergie effectuées sur un ordinateur sont sans cesse contrebalancées par les effets rebonds – si bien que selon l’Agence Internationale de l’énergie, la consommation globale d’énergie du secteur des TIC triplera d’ici à 2030[52]. Comme l’annonçait le professeur Lorenz Hilty dans sa conférence au Lift 2016 : 1) Malgré la loi de Moore, nous utilisons plus de matériel pour les TIC ; 2) Malgré la loi de Koomey, nous utilisons de plus en plus d’énergie pour les services TIC ; 3) malgré l’augmentation des sorties du secteur-service, les exigences totales ne diminuent pas.

Sur l’exemple des TIC, nos 3Rs se déclinent comme suit : 1) l’attitude High-Tech tente d’optimiser l’éco-conception des technologies informatiques (Green IT) ; 2) l’attitude Middle-Tech mobilise les technologies numériques, non pas tant pour leurs propriétés intrinsèques, que pour le potentiel d’innovation sociale qu’elles recèlent[53] ; 3) l’attitude Low-Tech fait remarquer que rien n’entraîne la réduction des déchets si ce n’est la réduction absolue de la production et de la consommation. Les nouvelles technologies n’ayant pas du tout permis cette réduction, aussi faut-il en réduire l’usage ; et cela drastiquement. Cette troisième solution est la seule véritablement radicale, car elle suppose d’inverser la tendance industrielle mondiale.

Conclusion

Le propos de cet article était de montrer qu’on ne pourra pas résoudre le problème des déchets sans augmenter notre intelligence avec les objets. L’essentiel de la prévention des déchets se joue au moment de la conception des objets – ce pourquoi se prétendre écologiste sans se préoccuper de conception est irresponsable. C’est une autre manière de dire que la vision gestionnaire des déchets est très largement insuffisante, du fait notamment de la diversité et de la complexité des produits (excès quantitatifs) et de la nature des déchets (excès qualitatifs). Un objet peut être dit ouvert si et seulement si son déchet est ouvert. La bonne nouvelle est que la plupart des déchets « fermés » ne le sont pas par nature mais relativement au système sociotechnique qui les provoque. Il est donc possible de transformer une bonne part de nos déchets fermés en déchets ouverts, c’est-à-dire en objets. Il y a aussi une mauvaise nouvelle : il demeure des déchets fermés, et le système économique actuel semble avoir pour destin d’en produire de plus en plus.

Cet article se proposait de penser l’éco-conception relativement aux « 3Rs ». Intégrer les déchets dans la conception change la conception même de la conception : 1) non plus créer un objet mais créer un cycle de vie qui valorise les déchets (Recycle) ; 2) non plus créer un objet mais créer un nouvel usage de l’objet qui contourne ou diffère le déchet (Reuse) 3) non plus créer un objet mais créer un milieu technique qui réduise les objets et donc les déchets (Reduce). Comme nous l’avons vu, les trois solutions proposées font toutes l’objet de « modèles » économiques : le premier courant est assez bien illustré par l’économie circulaire (Recycle), le second par l’économie de la fonctionnalité (Reuse), et le troisième par l’économie de la sobriété, la simplicité volontaire ou la décroissance (Reduce). Chaque solution est porteuse d’une certaine vision de la crise écologique et de la manière d’y répondre par plus ou moins de technologie. La solution que nous avons nommée High-Tech est la seule discutée au niveau gouvernemental ; la solution que nous avons nommée Middle-Tech a le vent en poupe et mobilise ce qu’on appelle désormais les Tiers-Lieux ; la solution que nous avons nommée Low-Tech est la plus efficace mais malheureusement la moins suivie – y compris par les universitaires qui prônent la décroissance.

[1] D.H. Meadows, D.L. Meadows, & J. Randers, Beyond the Limits. Confronting Global Collapse, Envisioning a Sustainable Future, White River Junction VT, Chelsea Green Publishing Company, 1992 ; D.H. Meadows, D.L. Meadows, & J. Randers, Limits to Growth. The 30-Year Update, White River Junction VT, Chelsea Green Publishing, 2004.

[2] Cette étude est ici traduite par Christophe Mangeant.

[3] D.H. Meadows, D.L. Meadows, & J. Randers, Les Limites de la croissance (dans un monde fini), Paris, Rue de l’échiquier, 2012, p. 190.

[4] Cette tripartition est d’usage, mais n’a pourtant aucune assise scientifique. Elle est cependant heuristique, comme nous allons tenter de le montrer.

[5] Située à l’ouest de New York, cette décharge fut un monument de la civilisation. On a dit d’elle, qu’avec la Grande Muraille de Chine, elle partageait l’honneur d’être identifiable à l’œil nu par un astronaute en orbite terrestre. Née avec l’essor du plastique, fermée en mars 2001, puis rouverte temporairement après le 11 septembre pour y accueillir les 1,2 millions de tonnes de gravats en provenance du World Trade Center, elle aurait accumulé 150 millions de tonnes de déchets en un demi-siècle.

[6] Cf. N. Kimbrell, « Can a landfill site even return to nature ?», The Ecologist, 06/07/2010

[7] S. Strasser, Waste and Want: A social History of Trash, New-York, Metropolitan Books, 1999, p. 5.

[8] S. Barles « Une histoire des déchets urbains », in A. Le Bozec et al., Que faire des déchets ménagers ? Versailles, Éditions Quae, 2012, p. 27-44.

[9] En droit français de l’environnement, est considéré comme déchet « tout résidu d‘un processus de production, de transformation ou d’utilisation, toute substance, matériau, produit, ou plus généralement tout bien meuble abandonné ou que son détenteur destine à l’abandon » (art. L541-1 du Code de l‘environnement).

[10] Le déchet ultime est celui dont on ne peut plus rien faire, celui qui n’est « pas susceptible d’être traité dans les conditions techniques et économiques du moment, notamment par extraction de la part valorisable ou par réduction de son caractère polluant ou dangereux ».

[11] M. Tournier, Les Météores, Paris, Gallimard, 1975.

[12] J. Rockström et al., « A safe operating space for humanity », Nature, 461, 2009 ; W. Steffen et al., « Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet », Science, 6223, 2015.

[13] E. Fradet, A. Lacout & P. de Rauglaudre, Le Grand Débordement, Pourquoi les déchets nous envahissent, comment les réduire, Paris, Rue de l’échiquier, 2014.

[14] Cf. P-N. Giraud, L’homme inutile, Paris, Odile Jacob, 2015, ch. 2.

[15] Gabrys J., Hawkins G., and Michael, M. eds. (2013), Accumulation. The Material Politics of Plastic, London, Routledge.

[16] Il s’agit de l’« école de Lyon », qui comprend notamment : F. Dagognet, Des détritus, des déchets, de l’abject. Une philosophie écologique, Le Plessis-Robinson, Institut Synthélabo, 1997 ; J-C. Beaune (dir.), Le déchet, le rebut, le rien, Seysell, Champ-Vallon, 1999 ; et C. Harpet, Du déchet : philosophie des immondices. Corps, ville, industrie, Paris, L’Harmattan, 1998.

[17] Sur ce concept d’écologie technique, nous renvoyons à notre article à paraître : V. Petit, B. Guillaume, « We have never been wild. Toward en ecology of technical milieu », in Loeve S., Guchet X., Bensaude-Vincent B., French Philosophy of Technology: Classical Readings and Contemporary Works, Dordrecht, Springer, 2017.

[18] Cité par D. Sudjic, Le langage des objets, Paris, Editions Pyramyd, 2012, p. 22.

[19] G. Anders, L’obsolescence de l’homme. Tome 2. Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle, Paris, Faro, 2011, p. 42.

[20] J. Baudrillard, La société de consommation, Paris, Gallimard, 1970, p. 54.

[21] G. Simondon, Sur la Technique, Paris, PUF, 2014, p. 309-310.

[22] Ibid., p. 377.

[23] J.B. Schor, Plenitude, New York, Penguin Books, 2010, p. 41 ; tr. Fr. La Véritable richesse : Une économie du temps retrouvée, Paris, Charles Léopold Mayer, 2013, p. 68.

[24] J. Foster, B. Clark, R. York, « L’écologie de la consommation », Ecologie & politique, n°43, 2011, p. 107-130, citant R. Williams, Problems in Materialism and Culture, Londres, Verso, 1980, p. 185.

[25] Par exemple, les deux derniers livres à succès du journaliste Edward Humes ne doivent pas être séparés (E. Humes, Garbology, New York, Avery, 2012 ; Door to Door, New York, Harper Collins, 2016).

[26] L’outil Ecodesign Pilot peut constituer une introduction à l’éco-conception.

[27] G. Wallenborn, « Ecoconception (écologique) », in D. Bourg, A. Pappaux (dir.), Dictionnaire de la pensée écologique, Paris, PUF, 2015, p. 309-313.

[28] Comme le remarque Christian Duquennoi, Les déchets. Du big bang à nos jours, Versailles, Éditions Quæ, 2015. Il prend l’exemple du compostage industriel mis en place par Julien Pioger, ce médecin socialiste qui devint ingénieur en créant en 1897 une usine de valorisation des ordures ménagères (valorisation agronomique du compost, valorisation énergétique de l’incinération et, pensait-il, valorisation sociale du chiffonnier sans emploi).

[29] Rappelons que les déchets ménagers ne sont qu’une partie de nos déchets individuels et une infime partie de nos déchets collectifs.

[30] Parmi les « 101 idées reçues sur l’écologie » (D. Pialot, P. de Rauglaudre, 101 idées reçues sur l’écologie, Paris, L’Express, 2011), il y a celle-ci : « recycler est une très bonne solution pour traiter les déchets ».

[31] B. Allenby, Reconstructing Earth : Technology and Environment in the Age of Humans, Washington DC, Island Press, 2005.

[32] M. Huesemann, J. Huesemann, Techno-Fix: Why Technology Won‘t Save Us Or the Environment, Gabriola Island B.C, New Society Publisher, 2001.

[33]W. McDonough, M. Braungart, Cradle to Cradle, Créer et recycler à l’infini, Paris, Éditions Alternatives, 2011.

[34] J. Rifkin, La nouvelle société du coût marginal zéro : L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipse du capitalisme, Paris, Les liens qui libèrent, 2014.

[35] Ph. Bihouix, « Des limites de l’économie circulaire : la question des métaux », Séminaire du 16 décembre 2011, à l’Institut Momentum.

[36] Plusieurs supermarchés (en Allemagne et en Belgique notamment) ont déjà mis en place des machines automatiques qui échangent des bouteilles contre des bons à consommer dans le magasin.

[37] Au Pays-Bas, la groupe Spadel a tenté (puis abandonné) la bouteille en PET consignée.

[38] N. Radjou, J. Prabhu & S. Ahuja L’innovation Jugaad. Redevenons ingénieux, Paris, éd. Diateino, 2013.

[39] Pour prolonger l’exemple des bouteilles en plastique on peut ainsi se demander si le pavillon EcoArc (2010) d’Arthur Huang, qui nécessita 1,5 millions de bouteilles en plastique pour faire ces POLLI-Brick, est du recyclage ou de la réutilisation. De même, le projet du Colombien Oscar Mendez, qui transforme les déchets plastiques en brique (Conceptos Plasticos), est-il du recyclage ou de la réutilisation ? Si on affirme que le recyclage, par distinction avec la réutilisation, implique transformation de la matière, alors ces deux exemples sont du recyclage.

[40] T.C. McAloone, N. Bey, Environmental improvement through product development: A guide, Copenhagen, Danish Environmental Protection Agency, 2009.

[41] J. Van Niel, « L’économie de fonctionnalité : principes, éléments de terminologie et proposition de typologie », Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 5, n°1 | Février 2014, mis en ligne le 04 février 2014, consulté le 09 octobre 2016.

[42] N. Buclet, « L’économie de fonctionnalité entre éco-conception et territoire : une typologie », Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 5, n°1 | Février 2014, mis en ligne le 04 février 2014, consulté le 08 octobre 2016.

[43] I. Robert, A-S Binninger., & N. Ourahmoune, « La consommation collaborative, le versant encore équivoque de l’économie de la fonctionnalité », Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 5, n°1 | Février 2014, mis en ligne le 04 février 2014, consulté le 09 octobre 2016.

[44] S. Latouche, Bon pour la casse. Les déraisons de l’obsolescence programmée, Les liens qui libèrent, 2012.

[45] A. Gorz, Ecologica, Paris, Galilée, 2008 ; A. Gorz, L’immatériel, Paris, Galilée, 2003.

[46] Sur l’opposition entre design du milieu et design de l’environnement, cf. V. Petit « Eco-design. Design de l’environnement ou design du milieu ? », Sciences du design, n°2, PUF, 2015, p.31-39. ; V. Petit, B. Guillaume, « Scales of Design: Ecodesign and the Anthropocene », in P. Vermass, S. Vial (ed.), Advancements in Philosophy of Design, Springer, 2017.

[47] N. Georgescu-Roegen, La décroissance. Entropie – Écologie – Économie, Paris, Sang de la Terre, 2001, p. 203.

[48] E.F. Schumacher, Small is beautiful. Une société à la mesure de l’homme, Paris, Seuil, 1979.

[49] Ph. Bihouix, L’âge des low tech, Paris, Seuil, 2014.

[50] Rien n’est plus faux que ce mythe de la dématérialisation : nous n’avons jamais possédé tant d’objets, fussent-ils « connectés » et le cloud est lourd d’infrastructures énergivores. Fabrice Flipo et ses collègues ont montré que l’argument majeur de la substitution (c’est-à-dire le remplacement de biens et services physiques par des biens et services « immatériels ») est contredit pas les faits, et cela en raison notamment des effets rebonds (F. Flipo et al., Écologie des infrastructures numériques, Paris, Hermès, 2007 ; F. Flipo et al., Peut-on croire aux TIC vertes? Paris, Presse des Mines, 2012 ; C. Gossart, « Rebound Effects and ICT: A Review of the Literature », in L. M. Hilty and B. Aebischer, ICT Innovations for Sustainability, Springer International Publishing, 310, 2015, p. 435-448).

[51] J. Thackara, In The Bubble : de la complexité au design durable, Saint-Étienne, Cité du Design, 2008, p. 22.

[52] J. Polimeni et al., The Jevons Paradox and the Myth of Resource Efficiency Improvments, Londres, Earthscan

[53] La littérature spécialisée distingue trois ordres d’effets environnementaux des TIC : les effets directs des technologies (Life Cycle Impact), les effets indirects (Enabling Impact) des applications et les effets systémiques (Structural Impact), qui impliquent « le changement de comportement (styles de vie) et le changement structurel économique » (Hilty L.M, Aebischer B. (2015), ICT for Sustainability: An Emerging Research Field. In L.M. Hilty and B. Aebischer (eds.). ICT Innovations for Sustainability. Springer, International Publishing Switzerland, 2015, p. 25). L’attitude middle-tech se focalise sur ce troisième ordre.