SANTÉ-TRAVAIL. Retour sur l’expérience de l’établissement et service d’aide par le travail CECILIA. Un lieu peu commun, qui a tenté, pendant 9 années, d’offrir aux personnes handicapées une pluralité de parcours professionnels, notamment l’accès aux métiers du spectacle — théâtre, musique, régie son et lumière.

Danser, chanter, batucader, s’évader, parodiser, se donner un bienfait thérapeutique, fantasmanifestationner, rêver, s’enrichir mentalement, pleurer, fabliser, sortir de la petite vie quotidienne, de la télé et de la Star academy, envahir notre esprit, pousser des gueulantes, farciser, découvrir du pays, payer ses factures, se donner un goût à la vie, faire des rencontres, partitionner, jouer en équipe de théâtre, voir des expos, sonoriser des salles, percussionner…
… sont les paroles des 28 comédiens, musiciens et régisseurs de l’Établissement et service d’aide par le travail CECILIA (Centre d’expression culturel pour l’intégration des adultes), qui répondent à la question « Les pratiques artistiques, à quoi ça sert ? ». La scène se passe en atelier « Culture-Itinéraire » |1|, dans cet établissement haut en couleur accueillant des personnes en situation de handicap, à La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne).

Un lieu de création et de réflexion alternatif…

L’Esat est une structure de mise au travail qui offre des possibilités d’activités diverses à caractère professionnel (ici du théâtre, de la musique et de la régie son et lumière) – il se rapproche à cet égard d’une entreprise – et une structure médico-sociale dispensant les soutiens médico-sociaux et éducatifs requis par l’intéressé et qui conditionnent pour lui toute activité professionnelle. La finalité est de permettre aux personnes handicapées d’accéder, grâce à une structure et des conditions de travail aménagées, à un épanouissement social et professionnel, et pour certaines à l’atelier protégé ou au milieu ordinaire de travail.
Alternative aux métiers de type industriel ou de service qui pourraient, d’après Michel Foucault, apparaître comme « une tentative d’insertion dans un appareil de surveillance », l’Esat culturel CECILIA voit le jour en 1999 sur une péniche-cinéma-théâtre, vite remplacée par un « lieu en dur » au regard de la lourdeur de l’infrastructure. À son bord, un lieu de création – théâtre, musique, régie – et de diffusion : il s’agit d’aller à la rencontre du public, de mettre en valeur le potentiel créatif, artistique et intellectuel de ces artistes atypiques, non seulement dans leur propre intérêt, mais aussi dans celui de la collectivité.
Nombre de personnes accueillies (avec un handicap intellectuel et psychique) ont tenté sans succès les chemins traditionnels. L’activité professionnelle par les arts du spectacle est l’alternative proposée, chemin de traverse pour aller voir du côté de sa sensibilité si l’on n’y est pas. « La vraie insertion, rappelle Monique Castro, ce n’est pas l’insertion à tout prix, c’est avoir la possibilité de pouvoir travailler dans un établissement où les difficultés sociales et psychologiques sont prises en compte tout en faisant un travail valorisant et intéressant |2|. » CECILIA n’existe pas en opposition aux activités industrielles ou de services, il offre aux personnes handicapées une pluralité de parcours, notamment l’accès aux métiers du spectacle dans lesquels certaines d’entre elles ne sont pas en « situation de handicap », bien au contraire : c’est sur scène qu’elles donnent le meilleur d’elles-mêmes, c’est quelquefois strictement sur scène qu’elles sont productives (considérées comme « inemployables » ailleurs). C’est notamment la scène qui les invite à inverser les rôles par transfert de compétences : les comédiens, musiciens et régisseurs de CECILIA sont parfois formateurs en initiant des enfants aux techniques qu’ils pratiquent. La scène, c’est encore elle qui donne à ces artistes atypiques des ressorts inattendus : « Cet Esat a une âme |…| j’ai traversé toute la France depuis Clermont-Ferrand pour être comédien, c’est écrit sur ma feuille de paye et j’en suis fier », explique l’un des comédiens dans l’émission de France Inter un temps de pochon.« Mes troubles de l’humeur sont stabilisés. Sur scène, les gens nous applaudissent. Mon père m’a toujours rejeté et là je suis applaudi. »
Attachées à leur établissement, les personnes accueillies le sont assurément, tout comme l’équipe pluridisciplinaire qui y met sueur, temps, réflexions, créativité. Car il est une hypothèse maintes fois vérifiée, l’idée que les pratiques artistiques professionnalisantes en travail protégé opèrent une incidence immédiate sur les pratiques éducatives, administratives et managériales, qui deviennent, par effet de contagion, imaginatives. Force est de constater que la présence des pratiques artistiques au sein de CECILIA conduit chacun des membres de l’équipe d’encadrement à développer sa propre créativité, à « s’autoriser » à penser, au sens symbolique du terme. Ce que traduisent les personnes de passage par un : « Ça cause à l’Esat culturel CECILIA !!! » Qui n’a pas assisté aux Questions à l’encadrement (référence aux Questions au parlement de l’Assemblée Nationale) ne peut imaginer en quoi la prise de parole et l’attitude réflexive des personnes accueillies, et par de là l’ensemble des membres de l’Esat, représentent le résultat le plus surprenant de cette aventure artistico-médico-sociale. Ça pense, ça pense, ça pense, le moniteur d’atelier pense, la secrétaire pense, le directeur pense, la comptable pense, l’éducateur pense, mais chacun pense en fonction de son périmètre d’action sans empiéter sur le territoire des autres professionnels, chose délicate habituellement quand l’équipe se compose principalement de travailleurs sociaux, mais possible ici par le frottement de professions éclectiques, contraintes de composer avec ses différences sous peine de mettre en péril la spécificité du projet d’établissement.

… menacé dans son existence

Mais cette « tentative » – pour reprendre l’appellation de l’écrivain-éducateur Fernand Deligny nommant les lieux de l’Éducation spécialisée – est tuée dans l’œuf au moment même où les résultats, tant éducatifs qu’artistiques, se confirment. L’association gestionnaire rejette en bloc les principes de l’éducation populaire (engagement citoyen, partage des compétences, transmission des savoirs, débat contradictoire, atténuation du clivage « soignant-soigné » ou « éducateur-éduqué ») au profit du MANAGEMENT et de la politique de DÉVELOPPE-MENT. Pour faire court, la note de service remplace la pensée. On administre des populations sans faire cas du singulier. Et surtout on pense à multiplier la gestion d’établissement sur le territoire national (quitte à sortir de son périmètre de compétence), afin d’accroître son influence dans l’élaboration des politiques sociales.
Grossir. Grossir encore. Grossir toujours, au risque de disparaître. Telle est la réalité des associations œuvrant à l’accompagnement social et professionnel de personnes en situation de handicap, que ce handicap soit social, mental, physique ou psychique. De 35 000 en 2008, ces associations devront tendre vers 7 000 en 2 018. De fait, les OPA s’enchaînent à la pelle. C’est à celui qui dévorera l’autre et qui évitera, à son tour, les crocs du voisin. Tout ça sur fond de discours social, d’engagement citoyen et de respect des usagers. Et parfois – nous allons vite nous en rendre compte –, ces « usagers » ne sont plus au « centre de la prise en charge », mais objet d’une inévitable course au « toujours plus ». Ce qui n’est pas sans poser de questions : « Il ne faut pas oublier que les Esat sont d’abord des établissements médico-sociaux, rappelle Yannick Boulet (directeur d’un Esat) dans l’ASH magazine. Au départ, les Esat devaient avoir une activité annexe de production. Or, aujourd’hui, on est clairement dans l’activité commerciale. On n’a plus le choix. Ne serait-ce qu’en raison des transferts de charge. Il faut savoir que, depuis la loi n° 2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale, les associations gestionnaires sont autorisées à demander des frais de fonctionnement aux établissements. Alors qu’avant la valeur ajoutée générée par l’activité commerciale bénéficiait uniquement aux usagers, on arrive à une situation où ceux-ci travaillent pour payer ces charges. Si on n’y fait pas attention, on va casser encore un peu plus des gens qui le sont déjà ».
Dans ce contexte l’idée d’exception culturelle est écartée – un Esat artistique doit fonctionner avec des moyens et une organisation similaires aux Esat de type industriel et de service. Il s’agit de « faire comme » et d’appliquer des recettes. Fernand Deligny avait senti le vent venir… « Si tous ceux qui menaient des tentatives ici ou là entendaient la nécessité de cette rupture (du langage commun), il y aurait quelque espoir pour que leur initiative perdure, réfractaire. Sinon, ils se morfondent à patauger dans l’innovation, et à n’être que les promoteurs d’un mouvement |3| ». L’art est considéré par l’association gestionnaire comme un divertissement et une vitrine associative. L’art comme espace d’exploration de la relation et de la subversion est mis à la porte.
Après avoir claironné dans la presse l’avènement du « plus-grand-ESAT-artistique-de-France », l’association gestionnaire accumule les erreurs dans la gestion globale des établissements dont elle a la charge, jusqu’à être placée sous administration judiciaire. Personne n’a rien vu venir. Pas mêmes les tutelles d’État, responsable de l’évaluation et de l’utilisation des fonds publics. « La plupart des Esat sont soit en difficulté, soit en déficit, dixit Gérard Zribi, directeur général de l’AFASER |4|et président d’ANDICAT |5|. Mais ces difficultés sont structurelles, et peuvent s’expliquer par la présence d’une population peu productive, vieillissante, mais qui tire bénéfice d’être en ESAT ». S’enchaîne la classique restructuration, où les établissements fragiles de l’association gestionnaire sont sacrifiés sur la place publique. Le premier visé : CECILIA, malgré un équilibre financier et des propositions artistiques probantes quand les moyens lui sont donnés, malgré des bénéfices importants en termes d’épanouissement social et professionnel, bénéfices malheureusement non monnayables et difficilement évaluables. Et pourtant : la scène est un espace de mise en danger dans lequel l’artiste, qu’il soit handicapé ou non, gère constamment des impondérables ; parvenir à s’inscrire dans un spectacle ou un concert met en œuvre des compétences transférables dans d’autres domaines d’activités ; compétences que nous n’avons jamais pu réellement démontrer, le seul et unique moyen d’évaluer étant d’assister de visu aux spectacles produits, et d’éprouver, en live, ce fameux choc artistique évoqué par tout spectateur assistant à ce type de représentation. Malheureusement, les responsables associatifs et tutélaires ont peu ou pas assisté aux représentations.

L’art en résistance

L’entrée dans le dispositif de la VAE |6| aurait pu rendre compte aux tutelles des importants acquis de l’expérience pour les bénéficiaires de l’ESAT culturel CECILIA, par la certification d’un titre professionnel selon une procédure de droit commun. Car nombreux sont les acteurs du travail médical et médico-social qui pensent l’activité artistique en dehors de toute réalité, et estiment que le parcours artistique ne fait qu’accentuer la marginalisation. Or, la pratique artistique développe d’excellentes capacités d’adaptation et favorise l’inclusion, c’est-à-dire la reconnaissance de la spécificité de ces artistes atypiques et de leur utilité sociale et professionnelle. Mais il ne suffit pas de le dire, il convient de le prouver, afin d’éviter que ne soit plaqué un fonctionnement inspiré des Esat de type industriel et de service. Ce que nous n’avons pu faire. De fait, les financeurs et gestionnaires n’ont jamais réellement porté ce projet, qui nécessite un budget d’au moins 50 % supérieur à celui d’un Esat de type industriel ou de service, en raison d’ateliers à effectifs réduits, d’une présence éducative en soirée/week-end lors des représentations et de démarches commerciales et administratives lourdes (production, diffusion, presse).
En juin 2007, l’association gestionnaire et la DDASS |7| envisagent de fermer l’établissement tout en transférant les vingt-huit postes de travailleurs handicapés vers un Esat industriel et de service, à deux heures de transport en commun. Il s’agit de stopper le projet lancé à pleine vitesse, parce que l’art, c’est compliqué, parce que ça prend du temps, parce qu’il faut travailler le week-end, parce que ce n’est pas rentable, parce qu’il n’y a pas de débouchés, parce que ce n’est pas du vrai travail, parce qu’il faut tendre vers des principes de réalité, parce que ces pratiques sont minoritaires, et cætera, et cætera. Et c’est là que la stratégie de démolition trouve un mur : les musiciens, comédiens, régisseurs (certains d’entre eux ayant tout quitté – famille, amis, loge-ment, région natale – pour pratiquer leur art en milieu protégé) apprennent dans la douleur leur délocalisation pour une mise au travail autour d’activités de type industriel ou de service : l’arrêt de la professionnalisation d’une pratique artistique en milieu protégé est vécu comme un drame personnel majeur (surtout après 300 spectacles en 9 ans) à tel point qu’une famille porte plainte au tribunal d’instance pour maltraitance psychologique. Aux dernières nouvelles, la plainte se serait égarée.
Aussi, à la proposition de délocalisation, la majorité des usagers et salariés n’hésitent pas longtemps entre l’option 1 « Dire OUI la tête baissée » et l’option 2 « Dire NON et résister ».

Clame ton ardeur victorieuse ! Stimule ta force !
Écrit, crie tes souffrances immenses !
Saute, jouis la réjouissance, / Vocabulaire !
Éternise ta victoire au fond de l’océan !
Ressort ! Rend libre les moustiques |8| !

En quelques mois apparaissent une production d’écrits argumentés, l’implication de l’ensemble des salariés dans une Intersyndicale, l’élection de membres de l’équipe comme délégués du personnel et représentants au comité d’entreprise, la création à l’initiative des salariés d’une association de soutien (HAND’ART), une forte prise de conscience des comédiens, musiciens et régisseurs, concrétisée par de nombreux rassemblements et une « déambulation manifestante » dans les rues, un battage médiatique sans précédent (France Inter, Radio bleu, France 3, le ParisienLa MarneLien social…), une mobilisation de la ville d’implantation de l’établissement et une interpellation des responsables d’actions sanitaires et sociales, élus, députés, sénateurs, délégué interministériel, quelle que soit leur obédience politique : l’intérêt est général.
Bien sûr les projets ne manquent pas. La création d’une compagnie professionnelle s’occupant du volet artistique, la construction d’un nouveau lieu adapté aux activités avec notamment une salle de spectacle petite jauge (cent vingt places), la diffusion des créations 2007, la création musicale et théâtrale autour de l’Opéra quatre sous, le développement de prestations en régie spectacle, la poursuite du partenariat avec la SNCF et le pôle régional handicap & emploi (ateliers de pratiques artistiques avec des enfants, diffusion des créations dans les lieux SNCF, commande de spectacle, l’étroite collaboration avec le Musée des pays de Seine-et-Marne…), sans oublier des actions autour des écritures contemporaines (sorties mensuelles au Théâtre du Rond-point ; travail d’écriture en relation avec un auteur invité, en partenariat avec la Maison des écrivains et de la littérature).
En attente de reprise par une autre association, abandonné par des tutelles frileuses, aveugles et fatiguées de porter un tel projet, seule la créativité peut, par sa dynamique, maintenir stabilisés les adultes en situation de handicap accueillis dans les murs, et donner des perspectives à l’équipe éducative et artistique. Mais pas n’importe quelle créativité : un lien direct avec le réel de la situation s’impose, sans quoi le sens de la présence dans le lieu échapperait à tous. Une journée « Sensible / Sensas » s’organise en février 2008, en présence de quatre cents personnes. Et il y a les « Je me souviens », les « cartes postales », l’« Arbre à palabre », l’« écritoire », l’exposition de photographies de Michel Loewenstein accueillie pendant six mois par la troupe… Sans oublier l’écriture et la mise en voix des Slogans de Maria Soudaïeva, ouvrage traversé d’une révolte radicale contre le monde tel qu’il ne va pas, un texte de rage qui dévaste la pensée et le raisonnable. Du combat pour leur « survivance », les musiciens, comédiens, régisseurs passent d’un combat pour la pérennité de leur lieu, avant d’entamer un autre combat, celui de la poésie. Triturés, détournés, prolongés, ces Slogans trouvent écho dans le réel… Et quand le réel ne va pas, il ne reste plus qu’à chercher de nouvelles formes de langage. Les mots, toujours les mots…

Un jour, nous dormirons sans mettre nos visages !
Un jour, nous dormirons ensemble !
Bientôt tu ouvriras la porte !
Bientôt, nous dormirons ensemble !
Les mauvais jours finiront |9| !

Malheureusement cette histoire n’est pas un conte, d’ailleurs le happy end a rarement été notre tasse de thé. Une dernière mobilisation à la direction de la DDASS en juillet 2008 ne suffit pas à bouger les tutelles. « L’art dans le cadre du travail protégé, c’est compliqué, nous affirme-t-on les yeux dans les yeux, surtout à cette époque. » Les artistes bénéficient du régime des intermittents du spectacle pour les protéger des aléas économiques de la création et prendre le temps de confronter leur travail auprès du public ; les artistes en situation de handicap peuvent créer, mais dans l’entre-soi, en dehors de tout rapport économique. Pourtant, nous pouvons considérer que l’Esat culturel CECILIA a atteint quatre objectifs : la diversité des formes d’emploi et la qualité des activités ; le développement des soutiens socioprofessionnels, passant d’une logique de soutien collectif à une logique de soutien individuel ; une implication institutionnelle de l’ensemble des salariés et travailleurs handicapés ; une insertion sociale sur le territoire. L’alternative proposée par CECILIA produit des résultats importants, pour un coût relatif : cinq fois moins qu’une prise en charge en hôpital psychiatrique ou, si l’on préfère, l’équivalent d’un grand carrefour giratoire par exercice budgétaire. On investit pour une meilleure fluidité de la circulation, et on fait très bien ; quand donc comprendra-t-on que la circulation peut se faire aussi dans la relation entre les arts et les Hommes, même au-près de ceux qui nous font l’éloge de leur fragilité ?
Il a fallu nous résoudre à jouer une dernière fois devant l’impuissance, l’émotion et l’indignation collectives des élus locaux face à cette fermeture (« ce sont de vrais professionnels », répétaient-ils à souhait), à se réunir autour d’un barbecue avant de ramener, les yeux humides, l’ensemble de ces artistes atypiques vers d’autres aventures. Certains musiciens, comédiens et régisseurs retrouveront du travail, essentiellement en milieu protégé. Près d’un tiers d’entre eux regagnera les hôpitaux de jour ou autres prises en charge de type psychiatrique.
Un dernier constat, cruel : il y a une véritable rupture de droit entre le milieu protégé et le milieu ordinaire. La politique de reclassement en Esat, en dehors du droit commun du travail, est moins protectrice qu’en milieu ordinaire, qui bénéficie d’un cadre juridique contraignant (prime de licenciement, convention de reclassement professionnel, suivi personnalisé…). Les personnes handicapées se sont littéralement faites jeter, sans prime de licenciement, ni droit à la formation ou au bilan de compétences (juste une éphémère cellule d’appui). Dès lors, comment entendre une quelconque vocation de soin ou d’éducatif dans les Esat aujourd’hui ? |10|
18 juillet 2008. Jour de fermeture définitive. Je relis Claude Régy, qui me souffle « Créer des foyers pour l’imagination, c’est l’acte le plus politique, le plus dérangeant que l’on puisse imaginer ». J’accompagne quelques artistes atypiques à la gare. Je vois Clara |11| hésiter à fermer la porte du minibus, puis, sous mes encouragements, re-garder droit devant et partir, son violoncelle à la main, vers d’autres aventures.

Où ?

Je l’ignore. L’association gestionnaire l’ignore. Les tutelles l’ignorent.
L’Esat culturel CECILIA n’est plus que du côté du souvenir. Et le rôle du rêve et de l’imaginaire, que nous avons tant vanté, sera de permettre de continuer à dormir.
Nous avons été accélérateurs d’existence,
nous voilà créateurs de désert.

|1| Atelier Culture-Itinéraire : expression par l’écriture ou le dessin, atelier du spectateur ; commentaire de la presse écrite ; éveil culturel ; livret de parcours professionnel ; vie quotidienne.

|2| CASTRO, Lien social éditorial, n° 848/849, 12 juillet 2007

|3| F. DELIGNY, Le croire et le craindre, Stock, Paris, 1978.

|4| Association des familles et amis pour l’accueil, les soutiens, l’éducation et la recherche en faveur des personnes handicapées mentales.

|5| Association nationale des directeurs des établissements et services d’aide par le travail.

|6| Validation des acquis de l’expérience.

|7| Directions départementales des affaires sanitaires et sociales.

|8| Poème de J. BRODIN, comédien à CECILIA. À partir de M. SOUDAÏEVA, Slogan, traduction et préface d’A VOLODINE, L’Olivier, Paris, 2006.

|9Ibid.

|10| Dès la fermeture de l’Esat CECILIA, les familles se sont associées pour créer l’association AHMIS afin de mener des actions vers les travailleurs handicapés et leurs familles, pour leur apporter soutien, information, et mobiliser les institutions pour qu’elles donnent les moyens de reprendre un travail de production artistique et culturel. Contact : jacqueline-boudet@orange.fr

|11| Le prénom a été changé.