François Sabado, membre du bureau politique de la LCR, donne son point de vue sur le Nouveau Parti Anticapitaliste.

L’idée d’un nouveau parti anticapitaliste vient de loin.

Dès la fin du « court XXe siècle », après l’effondrement du bloc soviétique en 1991, il fallait faire le bilan de tout un cycle historique mais surtout revoir, actualiser, refonder notre « vision du monde ».

« Nouvelle époque, nouveau programme, nouveau parti », voilà, au-delà des réponses conjoncturelles et tactiques, le triptyque qui a structuré depuis, la réflexion de la LCR et de la IVe Internationale.

Le monde change. La « globalisation capitaliste » et les contre réformes néolibérales, les transformations de la classe ouvrière liées aux nouvelles technologies et les mutations nécessaires du mouvement ouvrier, l’évolution social-libérale de la social-démocratie et le déclin irréversible des partis communistes ont reconfiguré les paysages politiques.

Le rapport de forces reste défavorable au monde du travail. Mais la « révolte antilibérale » de l’hiver 1995, suivie des mouvements de 2003, 2004, 2005 témoignent des résistances sociales au capitalisme néolibéral. La lutte de classes est toujours là. Et la signification du mouvement altermondialiste, comme les dernières grèves en Grèce, en Allemagne ou en Europe de l’Est dans les mines polonaises, ou à Renault Dacia en Roumanie. confirment la dimension internationale de cette résistance au néolibéralisme.

Sur le plan politique, la conjonction de ces résistances sociales, de l’évolution à droite de la social-démocratie et des reculs des partis communistes dégage un espace pour une nouvelle force politique à gauche des directions traditionnelles du mouvement ouvrier, et ce dans toute l’Europe.

La nouvelle période historique exigeait, donc, une réorganisation du mouvement ouvrier et de la gauche révolutionnaire mais il manquait un catalyseur.

Ce fut, en France, les succès de la LCR et d’Olivier Besancenot à la présidentielle de 2002 et à celle de 2007. Il fallait ensuite confirmer, occuper l’espace, le féconder d’un contenu anticapitaliste, et construire un nouveau parti.

Car si Olivier Besancenot a réussi à cristalliser un phénomène de masse d’identification sociale et politique de millions de salariés et de jeunes qui se reconnaissent dans ses interventions politiques et médiatiques, cela ne suffisait pas. La construction d’un projet était indispensable.

Et d’abord, dans une nette délimitation vis-à-vis de la gauche social-libérale. Cela a été l’enjeu de toutes les discussions autour d’une candidature unitaire de la gauche antilibérale en 2007.

En effet, au-delà des formules, la question centrale était la suivante : acceptait-t-on ou pas d’intégrer un « meccano » d’alliances gouvernementales ou parlementaires avec le PS ?

Le PCF, José Bové ou les autres forces antilibérales répondaient positivement.
La LCR répondait par la négative.

Et ce n’était pas une petite question. Tirons le bilan de la gauche plurielle en France, d’Izquierda Unida en Espagne, et surtout de Refondation Communiste d’Italie qui, en participant au gouvernement de« centre gauche » de Prodi, a entrainé la gauche dans un nouveau désastre.

Et, « chronique d’une défaite annoncée », la politique de la direction de Die Linke, annonce, malheureusement, les mêmes déboires.

Ces divergences renvoient surement à des approches différentes sur les rapports aux institutions centrales de l’Etat capitaliste. Car si les anticapitalistes doivent travailler dans les institutions, nous ne pensons pas que la transformation de la société passe par là. Celle-ci dépend de l’irruption du mouvement de masse sur la scène sociale et politique, en quelque sorte, de « nouveaux Mai 68 » en mieux !

L’indépendance vis-à-vis du social libéralisme et de toutes les politiques de collaboration de classe est la première condition pour construire une alternative politique anticapitaliste.

Mais cela ne suffit pas. Face au capitalisme libéral, « un capitalisme pur », comme le nomme Michel Husson, il faut, aussi, un « anticapitalisme pur ». La transformation du réformisme en « réformisme sans réformes » nous donne une responsabilité historique majeure, celle de conduire la lutte pour les réformes..jusqu’à la rupture avec le système capitaliste, jusqu’à la transformation révolutionnaire de la société.

Alors quels sont les points de repères du NPA ?

Nombre de propositions ont déjà été portées par les campagnes d’Olivier Besancenot, mais elles doivent être maintenant discutées au travers du processus constituant du Nouveau parti.

Elles partent de revendications immédiates, qui s’expriment dans la lutte de classes courantes, – salaires emploi, services publics, revendications écologistes, droits des femmes et des immigrés – ce qui conduit, pour les défendre « jusqu’au bout » à l’exigence d’une nouvelle répartition des richesses qui s’attaque à la logique du profit capitaliste et lui substitue une logique des besoins sociaux. Une telle démarche ne peut se déployer qu’au travers d’incursions dans la propriété capitaliste, qui doivent ôter le contrôle absolu du patronat sur la marche de l’économie, et avancent vers la propriété sociale des secteurs clé de l’économie…

On voit bien qu’il s’agit d’une rupture avec le système capitaliste et pas de son aménagement vers un capitalisme « à visage humain » ou vers un retour au « capitalisme des trente glorieuses ».

L’écologie et l’éco-socialisme constituent une des dimensions fondamentales de ce programme, en prenant en compte, des questions comme celle du réchauffement climatique, des énergies renouvelables, du mode de transport comme du mode de vie, en soulignant à chaque fois, les responsabilités du système capitaliste et la nécessité d’un développement durable planifié et maîtrisé par la société, et non par la « société de marché ».

Du coup, si ce n’est pas le marché qui décide, comment alors, discuter, décider, choisir, c’est la question centrale de la démocratie, et de la démocratie socialiste. Défendre et étendre tous les droits démocratiques conduit aussi à la rupture avec la Vème République, et à un processus constituant pour de nouvelles institutions, où les travailleurs et les citoyens, au travers d’assemblées élues au suffrage universel dans leurs entreprises et leurs communes décident vraiment. C’est l’autogestion socialiste que nous devons réapprendre à décliner.

Voilà quelques grands axes d’un projet de transformation révolutionnaire, dans le sens où pour réaliser ce programme, il faut une mobilisation exceptionnelle des travailleurs et des citoyens pour contrôler, décider, s’auto-organiser, pour renverser le pouvoir des classes dominantes et construire un nouveau pouvoir, le pouvoir des travailleurs et de l’immense majorité de la population.

Alors bien sûr, une série de questions resteront ouvertes, sur le type de révolution au 21ème siècle, les problèmes de la transition au socialisme, les formes de la démocratie et du pouvoir. Nous ne partons pas de zéro mais un immense travail est nécessaire pour reformuler le projet socialiste et communiste.

C’est pourquoi ce parti doit constituer une nouvelle réalité sociale et politique. Il ne s’agit pas de construire une LCR relookée. Ce parti ne sera pas trotskyste. Il prendra le meilleur de toutes les traditions révolutionnaires du mouvement ouvrier et d’autres mouvements comme les éco-socialistes. Nous voulons rassembler, de manière pluraliste tous les anticapitalistes.

C’est donc une nouvelle aventure. Nous ne partons pas de critères idéologiques ou historiques, nous partons de la lutte de classes, de la vie, des questions politiques clé pour défendre une politique au service des opprimés et reconstruire une perspective socialiste.

En cela, c’est une vraie révolution culturelle et politique pour la gauche révolutionnaire.