Le Réseau Education Sans Frontières agit depuis plus de dix ans auprès les jeunes scolarisé.e.s en France (de la maternelle à l’université) et de leurs familles menacées d’expulsion. Le réseau organisé en collectif a constitué, au fil du temps, un maillage du territoire national et un savoir-faire dans les modes d’intervention qui oeuvre efficacement à protéger et régulariser les personnes concernées. Malika Chemmah revient pour Mouvements sur le fonctionnement de RESF et les ressorts de cette efficacité.

Mouvements:  Pourrais-tu revenir sur l’histoire de RESF et sur ton engagement au sein de ce réseau?

Malika : La création de RESF remonte à l’été 2004, suite au constat qu’énormément de jeunes majeur.e.s se retrouvaient à leurs 18 ans en situation de précarité, menacé.e.s d’expulsion parce que sans papiers, et que plusieurs parents d’enfants scolarisé.e.s étaient dans la même situation. Il y a d’abord eu des mobilisations autour de ces situations dans le 92, puis comme des situations identiques se retrouvaient sur tout le territoire français, la question s’est posée d’étendre ces actions à l’échelle nationale. Des associations de défense des droits humains, des organisations syndicales (notamment d’enseignant·e·s et de parents d’élève), mais aussi des citoyen.ne.s non-affilié.e.s se sont alors réuni.e.s à la bourse du travail de Paris pour lancer un appel et créer RESF. A partir de là, des collectifs se sont constitués partout en France.

Moi, j’ai atterri à RESF par hasard en 2008-2009 lorsqu’il y a eu une situation à l’école de mes enfants. A l’époque, j’étais à la FCPE et RESF Saint-Denis existait déjà depuis 2006-2007. Mon engagement s’est fait progressivement, comme pour tout le monde je crois : d’abord j’ai signé la pétition, puis je suis allée au tribunal pour l’audience de la famille en question. Comme cette situation n’était pas un cas isolé, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin, peut-être parce que même si je suis née en France, ma mère est arrivée il y a 42 ans un petit peu de la même manière que les migrants arrivent aujourd’hui. J’ai commencé à aller aux réunions mensuelles qui se tenaient à ce moment-là et à participer aux autres actions locales. J’ai suivi des formations juridiques pour me former sur le droit des étrangers, ce qui me semble nécessaire pour pouvoir accompagner les personnes efficacement.

Aujourd’hui, j’en suis arrivée à tenir des permanences départementales pour toute la Seine-Saint-Denis. Le réseau Saint-Denis lui-même s’est un peu essoufflé, en particulier à cause des nombreux départs : il y a beaucoup d’enseignants jeunes dans notre ville donc beaucoup de mutations, etc. et il n’est pas toujours facile de remplacer les personnes. Le réseau bouge, mais seulement sur des situations précises, on ne fait plus de réunions parce que pendant longtemps on s’est retrouvé.e.s à 3-4 et que ce n’était pas pertinent, ça prenait du temps et de l’énergie pour pas grand-chose. Donc le réseau Saint-Denis est plus ou moins en sommeil, mais ça peut se réveiller très vite.

M. Quel est votre mode de fonctionnement ?

M: D’abord, nous sommes un réseau, pas une association. Cela signifie que chacun.e est au même niveau, que nous ne sommes par une organisation pyramidale, c’est-à-dire avec une hiérarchie, un.e président.e, des directeur.trice.s, même s’il y a forcément des différences qui s’établissent naturellement en fonction du degré d’implication, de militantisme de chacun.e. Nous nous structurons de façon informelle : qui a envie de faire, fait. C’est aussi cela qui m’a attirée, je n’ai pas envie qu’on me donne des ordres, mais simplement d’échanger de manière intelligente. Cela nous donne beaucoup de souplesse dans nos modes de fonctionnement.

D’une part, il y a les permanences, qui sont essentielles car c’est là qu’on reçoit les familles. Au niveau du 93, nous tenons trois permanences  mensuelles : je tiens celles  du 2ème et 4ème samedis de chaque mois et celle du 2ème mercredi est tenue par un camarade du réseau qui est enseignant. Les familles sont souvent orientées vers nous par un.e enseignant.e, un.e directeur.trice d’école ou un.e assistant.e social.e qui fait le lien avec RESF car en dix ans d’existence, nous avons acquis une certaine reconnaissance dans le département. C’est une espèce de chaîne humaine. Vu le nombre de familles que l’on reçoit, cela représente un énorme travail. Par ailleurs, les permanences de ville ou départementales permettent de pallier au manque de collectif RESF dans certaines villes ; lorsqu’ils existent, on redirige bien entendu les familles vers ces collectifs.

Ensuite, il y a les numéros d’urgence, qui sont une nécessité en cas d’interpellation et/ou placement en rétention des personnes. Sur Saint-Denis, c’est mon propre numéro qui est disponible pour les urgences. Certain.e.s ne veulent en aucun cas donner leur téléphone, soit par craintes des répercussions, soit par souci de préserver sa vie privée, et c’est vrai qu’un numéro de téléphone est quelque chose de très personnel. Une fois, j’avais indiqué mon numéro sur des tracts que l’on avait distribués à l’aéroport, et j’ai eu un coup de fil de la P.A.F. (Police Aux Frontières), mais ce n’est pas allé plus loin que ça. Il ne faut pas oublier cependant qu’un risque existe, qu’il y a déjà eu des personnes poursuivies pour des faits de solidarité envers des migrants. Certaines personnes préfèrent signer simplement de leurs initiales, et beaucoup rechignent à donner leurs infos sur le web. Mais je trouve cela très compliqué de gérer deux numéros à la fois, et ça ne me dérange pas d’assumer mes positions. Dans ma vie professionnelle, tout le monde sait ce que je fais et pourquoi je le fais. Donc c’est un choix personnel, et j’ai envie de dire politique. Pendant l’été, quand les risques d’expulsion sont plus importants car les écoles sont fermées, nous mettons en place une veille.

Notre outil principal reste les listes de diffusion internet. Comme nous n’avons pas de structure d’organisation formelle, c’est pour nous le meilleur moyen de se concerter, de se mobiliser collectivement ou simplement de se tenir informé.e.s de ce qui se passe ailleurs. Il existe plusieurs types de liste : d’établissement scolaire, de ville, départementales, régionales et nationale. Pour éviter que les différents collectifs ne restent en autarcie, une ou plusieurs personnes de chaque collectif sont en général inscrites sur plusieurs listes à la fois. Moi, par exemple, je suis inscrite sur les listes Saint-Denis, 93, Île-de-France et nationale. En province il existe beaucoup de collectifs assez isolés, mais qui sont tout de même en contact soit avec le collectif voisin, soit avec le collectif de ville via leur liste de diffusion. Chaque liste est gérée par un.e ou plusieurs administrateur.trice.s, choisi.e.s après concertation parmi les militant.e.s les plus actif.ve.s du réseau, ceux et celles qui connaissent déjà le fonctionnement. Pour le 93 par exemple, il y a 4 ou 5 administrateur.trice.s, dont moi-même. Ce sont ces personnes qui s’occupent de publier les pétitions, les appels à manifestation ou les alertes en cas de rétention. Un.e administrateur.trice doit donc être connecté.e quasiment en permanence, car une situation de rétention est une situation d’urgence. Nous sommes des urgentistes, en quelque sorte.

Après, les listes peuvent bien entendu être lues par n’importe qui, y compris par des personnes indésirables comme les services de la préfecture. Lors de certaines mobilisations , par exemple, la police est déjà sur place avant qu’on arrive. Des personnes du service préfectoral nous ont d’ailleurs dit explicitement qu’ils nous lisaient régulièrement. C’est ce qui nous a poussé.e.s sur le 93 à essayer de filtrer un petit peu, en créant une nouvelle liste pour savoir qui s’inscrit : on demande un peu plus d’information aux personnes qui souhaitent s’inscrire, c’est-à-dire quelles sont leurs motivations, est-ce qu’elles sont sur un établissement scolaire, etc. Mais ces mesures sont sans garantie, donc il faut toujours faire attention : tout ne peut pas être dit sur une liste de diffusion, il faut rester prudent avec les informations les plus confidentielles.

Autre outil fondamental, le site national qui existe depuis la création de RESF : en plus d’être la vitrine de tout le réseau, c’est une véritable mine d’informations. Un collectif qui veut se monter et qui se demande comment faire peut par exemple y trouver tous les outils nécessaires : comment créer un collectif, comment tenir une permanence, les coordonnées de préfecture, des modèles de pétition, etc. On peut aussi y trouver un contact pour tous les collectifs du territoire, même si ce contact est parfois obsolète. Le site national est divisé en rubriques par département ; chaque département peut administrer sa propre rubrique notamment pour publier certains appels au niveau national, mais pour ceux qui ne disposent pas d’administrateur.trice.s, ce sont ceux et celles du national qui gèrent. Ils et elles ne se contentent pas de s’occuper des demandes de publication au niveau national, mais constituent aussi des dossiers d’informations utiles pour faire vivre le site.

Enfin, nous organisons des réunions départementales, régionales et nationales à peu près une fois par an. Pour éviter que certains collectifs ne se sentent isolés, l’assemblée générale nationale se déroule en différents endroits du territoire : en 2012 elle a eu lieu à Amiens, en 2013 à Paris et en 2014 dans le 93, mais c’était une première. Lors de ces assemblées, tous les présent.e.s ont un droit de vote égal sur les décisions qui sont prises.

M. Comment vous financez-vous ?

M: Le réseau n’a pas besoin d’argent pour fonctionner à strictement parler car communiquer par internet ne coûte rien ou presque. Néanmoins, avoir de l’argent permet d’organiser des actions de sensibilisation ou d’organiser des concerts de soutien comme cela se fait beaucoup en province. Nous faisons parfois des appels aux dons, et il existe une cagnotte au niveau national. Une fois, on a même récolté 8000 euros pour soutenir une personne menacée d’expulsion. Par contre, nous ne touchons aucune subvention.

M. Qui est membre du réseau ?

M: Le réseau est ouvert à tout le monde, et on encourage les anciens sans-papiers à nous rejoindre. Typiquement, et c’est le cas sur Saint-Denis par exemple, nos membres sont des enseignant.e.s, des parents d’élèves ou des membres d’organisations syndicales.  Malheureusement, on ne peut pas dire qu’il y ait beaucoup de diversité en termes de classe sociale. C’est le propre de beaucoup de groupes, comme les associations de parents d’élève, par exemple. Les personnes en situation de précarité ont sans doute d’autres soucis qui les empêchent de s’engager. Par ailleurs, c’est vrai que la plupart des membres ne sont pas issu.e.s de l’immigration, mais en même temps, qui n’est pas issu.e de l’immigration ? On a tou.te.s des origines un peu étrangères. RESF a aussi été soutenu dès sa création par certains partis politiques, mais ils n’ont jamais pu devenir membres, car même si la plupart des militants ont des idées fermement ancrées à gauche, nous sommes une organisation apolitique.

M. Dans la mesure où la situation légale des membres du réseau et des personnes que vous appuyez n’est pas la même (certain.e.s ont des papiers, d’autres pas), peut-on quand même dire que vous fonctionnez de manière « horizontale » ?

M: C’est vrai que cette dissymétrie existe, mais nous travaillons à la déjouer de plusieurs façons. D’abord, on essaie qu’un maximum de gens se rapprochent de nous, même si il y aura toujours des gens un petit peu sur le carreau ; on lance par exemple des appels aux établissements et aux associations. Les personnes sans papiers ont de nombreuses façons de nous contacter : ils ou elles peuvent être orienté.e.s vers nous par des tiers, nous trouver au hasard sur Google ou entendre parler de nous par le bouche à oreille au sein des communautés. Cette dernière méthode fonctionne particulièrement bien. On le voit parce que la nationalité des personnes que l’on aide varie considérablement d’une période à une autre : à un moment, par exemple, je n’avais affaire pratiquement qu’à des Cap-Verdiens, et récemment j’ai eu beaucoup de Serbes, à d’autres époques beaucoup de monde du Bangladesh… Grâce à cela, je rencontre des personnes d’horizons très divers, c’est une vraie richesse pour moi.

Ensuite, on œuvre pour la régularisation de toutes les personnes qui viennent nous voir. A partir du moment où la personne franchit la porte d’une permanence, on la prend en charge, même si parfois on peut lui déconseiller de déposer un dossier parce qu’on n’est pas là pour donner de faux espoirs et qu’on essaie toujours de dire clairement les choses. Mais la personne sait qu’il y aura toujours un contact en cas d’urgence ou d’interpellation. Elle repart toujours avec quelque chose, soit une information, soit une garantie de prise en charge, soit l’adresse d’une association de défense des étrangers.

Surtout, on ne hiérarchise pas les dossiers, on ne propose pas de listes à la préfecture. C’est très différent de la façon dont fonctionnent certaines Coordinations de Sans-Papiers. Eux sont tous des sans-papiers mais ils sont constitués en association de loi 1901 avec un système d’adhésion par cotisation. Ils font des pointages pendant les mobilisations et soutiennent les dossiers en fonction de la présence des individus aux actions, par exemple aux manifestations qu’ils organisent devant la préfecture. Ils ont été contraints de s’organiser comme cela car sinon les membres ne venaient pas aux actions et il y avait une forme d’injustice : certaines personnes ne portaient pas la revendication collective mais en bénéficiaient. De plus, créer un rapport de force suppose d’avoir du nombre.

Les seules listes que l’on envoie à la préfecture concernent les jeunes parrainé.e.s, mais que l’on choisit justement car ils ou elles ne répondent à aucun critère de régularisation : un.e jeune qui a toutes les chances d’être régularisé.e, il n’y a pas de pertinence à ce qu’il ou elle soit parrainé.e. Les parrainages sont des cérémonies symboliques au cours desquelles deux personnes, en général un.e élu.e et un.e citoyen.ne, déclarent leur volonté de mettre tout en œuvre, avec le référent RESF, pour régulariser le ou la jeune parrainé.e. Cela crée un noyau protecteur autour de l’élève menacé.e d’expulsion. La préfecture sait que le ou la jeune est accompagné.e, qu’il ou elle n’est pas isolé.e. Grâce au partenariat qu’on a su créer avec des élu.e.s, les parrainages ont lieu régulièrement dans une salle prêtée par le conseil général. Cette année, il y a eu environ une trentaine de jeunes majeur·e·s sans-papiers scolarisé·e·s, parrainé·e·s sur le 93.

Les cérémonies de parrainage ne concernent que certain.e.s jeunes, mais en réalité elles donnent une visibilité à la cause de toutes les personnes sans-papiers. Elles permettent de sensibiliser beaucoup de gens : citoyen.ne.s, politiques, enseignant.e.s… on voit très souvent des collectifs RESF se créer au niveau d’un établissement suite à un parrainage. Donc c’est une façon de nouer des liens et d’élargir nos contacts, en plus de faire réagir les élu.e.s sur ces jeunes qui font partie du département, qui en sont des habitant.e.s à part entière. Nos soutiens politiques viennent d’une large palette de partis, on a même eu un parrain élu de droite, une fois. Solliciter pour un soutien à tel cas particulier d’élève permet d’impliquer des personnes qui sinon resteraient en dehors de ces questions, car ils ou elles peuvent être touchées personnellement par telle ou telle situation locale, parce qu’ils connaissent la famille, par exemple.

Donc c’est vrai que l’on s’occupe d’un public bien précis, les jeunes majeur.e.s scolarisé.e.s et les familles, tandis que par exemple la CSP 93 est constituée  principalement de travailleurs célibataires. Mais beaucoup de militant.e.s dont moi-même sont pour la régularisation de tous les sans papiers, pour moi c’est indissociable. On l’a montré en s’engageant dans la lutte aux côtés des travailleurs sans papiers pendant le mouvement de grève de 2009-2010 : beaucoup de militant.e.s étaient aux côtés des grévistes, et une liste RESF TSP s’est créée sur laquelle sont inscrit.e.s une centaine de membres de RESF au niveau national.

Il nous arrive d’ailleurs régulièrement de travailler avec d’autres associations qui s’occupent de toutes les personnes étrangères. Par exemple, nous avons mené ensemble une action sur l’accueil des étrangers en préfecture pour dénoncer en particulier les dysfonctionnements :  conditions d’accueil indignes, longues files d’attente, arbitraire aux guichets, délais excessifs pour le  traitement des dossiers…  De toute façon, il est évident que l’on ne va pas tourner le dos à une personne parce qu’elle ne fait pas partie de la catégorie dont on s’occupe plus particulièrement. Il m’arrive de recevoir des femmes victimes de violence et je ne vais pas les refouler : parfois je les oriente vers d’autres associations, parfois je les prends en charge directement. En réalité, on est obligé.e.s d’être solidaires d’autres luttes parce qu’on ne peut pas faire fi de ce qui est périphérique : une personne qui a un problème d’hébergement, qui est en situation d’errance, on va devoir aussi traiter cette question-là, car sans hébergement on ne peut pas constituer de dossier. Donc on fait appel aux partenaires pour essayer de sécuriser le parcours de la personne, car ces autres problèmes font partie de sa vie et on ne peut pas traiter le problème des papiers séparément du reste.

M. Ne craignez-vous pas de servir d’annexe à la préfecture ?

M: On n’est pas des sous-traitants de la préfecture ! On ne sera jamais une agence gouvernementale. L’objectif principal de RESF est au contraire de faire changer la loi. Notre slogan, bien visible sur nos affiches, est d’ailleurs clair : « La loi doit changer ! » Donc accompagner les personnes qui déposent un dossier ne constitue pas notre cœur de métier : c’est simplement que confronté.e.s à la réalité du terrain, on n’a pas d’autre choix, on se doit d’organiser des permanences, etc.

C’est aussi pour cela que la mobilisation, les actions sont importantes : pour éviter de se fondre dans les tâches administratives qui font de nous des exécutant.e.s. Les rassemblements, les manifestations sont essentiels car c’est ce qui permet de créer un rapport de force et de faire changer d’avis la préfecture. Le fait d’être un réseau plutôt qu’une association est clairement un avantage dans ce rapport de force : la mobilisation peut émaner de n’importe où car tout le monde peut être RESF. C’est  une notion avec laquelle la préfecture a encore du mal : il faut régulièrement remettre les points sur les « i » avec eux.elles en leur disant qu’il n’y pas de chef.fe.s chez nous, que  tout le monde est représentant.e du réseau à égalité. Ça les embête car identifier un responsable permet de connaître son interlocuteur, d’avoir le sentiment de mieux contrôler la situation. C’est vrai malgré tout que certain.e.s personnes sont identifiées comme emblématiques car elles font partie du réseau depuis longtemps ou qu’elles sont davantage impliquées. Par exemple, ce sont ces personnes qui se rendent à l’audience annuelle que l’on organise à la préfecture pour rester visible par eux.elles sur des questions générales.

Mais notre objectif principal reste de sensibiliser les gens pour les amener à une autre vision de l’immigration, car pour modifier la loi, il faut toucher l’opinion publique. Nous travaillons à rendre visible ce que le gouvernement veut rendre invisible. On envoie donc systématiquement des communiqués de presse à tous les grands médias : audio, écrit, télé, internet… Même si la reprise de nos communiqués est très aléatoire.

M. La collaboration avec les personnes que vous soutenez est-elle parfois difficile ?

M: Il faut  bien sûr travailler à instaurer un rapport de confiance avec eux.elles. A ce sujet, je n’ai plus la même posture que quand j’ai commencé à militer : j’annonce d’emblée qu’il faut jouer cartes sur table avec moi et que si tout n’est pas dit clairement, ça ne pourra pas fonctionner. Je donne de mon temps et je ne demande rien en échange, mais sans confiance on ne peut pas avancer. Pour moi, c’est la base de tout.

Évidemment, cela n’est pas facile de mettre sa vie à nu devant un.e inconnu.e. C’est encore plus compliqué lorsque la personne est en rétention et que le contact ne se fait que par téléphone. Même un contact téléphonique peut être très intrusif.  On rentre dans l’intimité de la personne, on apprend à se connaître en une heure. Il faut expliquer ce qu’est RESF, ce qu’on fait, les pousser à comprendre que c’est dans leur intérêt qu’on connaisse leur parcours de vie. Sans l’identité et l’histoire de la personne, il est plus difficile de susciter une réaction, de communiquer, de mobiliser. Comme j’ai longtemps travaillé dans le milieu de l’insertion, j’arrive souvent à déceler un certain nombre de choses, par exemple lorsqu’il y eu des situations extrêmes comme des viols ou des violences conjugales. J’essaie toujours de pousser les entretiens à fond, mais sans brutalité… j’amène petit à petit la personne à se confier.

Quoi qu’il arrive, on a le devoir de respecter la confidentialité des personnes, et on ne fait rien sans leur consentement.  Malgré tout, certaines personnes préfèrent que l’on ne publie pas leurs informations, ou alors juste leur prénom avec l’initiale de leur nom. Il arrive que cela soit des personnes menacées dans leur pays d’origine et qui s’inquiètent des persécutions possibles en cas de retour, même si c’est rare.  Parfois, il s’agit de personnes dont l’employeur ignore l’irrégularité du séjour.

Une fois régularisé.e.s, beaucoup de gens voudraient que les informations qui les concernent soient enlevées du web… mais c’est très difficile parce que ces infos sont relayées par d’autres réseaux, d’autres sites, etc. A part faire appel à la CNIL, en pratique c’est impossible. Cela rend parfois plus compliqué pour les personnes de tourner la page, par exemple de postuler pour un recrutement, car certain.e.s employeur.euse.s n’hésitent pas à faire une recherche Google sur le nom des candidates.