FABRIQUE DES IDEES : Le cycle historique, qui a dÉbutÉ durant la dÉcennie 70, se termine par une conjonction de crises Économique, financiÈre, alimentaire, ÉnergÉtique, climatique aux caractÉristiques et aux temporalitÉs diffÉrentes. Cette multicrise annonce des changements radicaux qui devront être accompagnÉs d’un changement de gouvernance : retour de l’Etat, rÉgulation, ou pilotage par le marchÉ ? Jean-Marc Salmon replace la question de la gouvernance au coeur de la sortie de la multicrise.

RÉsumÉ :
Le cycle historique, qui a dÉbutÉ durant la dÉcennie 70, se termine par une conjonction de crises Économique, financiÈre, alimentaire, ÉnergÉtique, climatique aux caractÉristiques et aux temporalitÉs diffÉrentes. Quelles rÉponses appellent cette multicrise ? Ces questions sont souvent pensÉes dans le cadre d’une opposition entre plus de gouvernance et plus de gouvernement. A  l’orÉe d’un nouveau cycle historique, l’oscillation conceptuelle revient vers les politiques de la rÉgulation. Pour autant, le nÉo-interventionnisme Étatique rÉduira-t-il la suprÉmatie des marchÉs financiers globalisÉs inaugurÉe dans le virage des annÉes 1970 ? Jusqu’où ira la remise en cause des choix nÉo-libÉraux effectuÉs ces annÉes-l  ?
En amont de ce dÉbat classique sur le rôle de l’Etat se situe la relation entre risques et crises. Cette analyse |1|souligne que les dispositifs de prÉvention et de contrôle des risques ont failli, qu’ils procÈdent de la gouvernance et de la rÉgulation (crise financiÈre) ou de politiques publiques rÉglementaires (agrocarburants). La connexitÉ entre les risques a ÉtÉ sous-ÉvaluÉe ou ignorÉe. Le multirisque devient un trait sociologique majeur : les interconnexions croissantes des sociÉtÉs ont franchi un nouveau seuil avec les derniÈres avancÉes de la mondialisation. Au lieu de subir la multicrise, peut-on utiliser stratÉgiquement cette connexitÉ des risques et des crises ?

Gouvernance et mondialisation, ces deux mots-clefs, apparaissent durant la dÉcennie 70 du XXe siÈcle. Leur fortune commune est de servir   dÉsigner des enjeux du nouveau cycle historique qui commence alors. Une nouvelle lecture de la crise de 1929 ouvre   un retour du libÉralisme, lequel avait ÉtÉ marginalisÉ par le keynÉsianisme |2|. Le plein emploi cesse d’être un objectif des politiques publiques, le partage des gains de productivitÉ entre le capital et le travail se modifie en faveur du premier, l’abandon de l’Étalon-or pour le dollar et la flottaison gÉnÉrale des monnaies qui s’ensuit, et l’hÉgÉmonie du capital financier sur les entreprises caractÉrisent ce nouveau cycle |3|. Il se dÉploie avec d’autant plus de force que le systÈme soviÉtique implose et que le capitalisme, devenu paradigme mondial, fournit un stimulant aux processus de mondialisation.

Cependant, ces deux notions de mondialisation et de gouvernance ne jouissent pas du même statut. La « mondialisation » conceptualise un processus de longue durÉe : la connectivitÉ grandissante des sociÉtÉs, sur une planÈte où les distances sont toujours moins lointaines, grâce au progrÈs des technologies de la communication. En revanche, la « gouvernance » est encore prospective. Il lui reste   franchir l’Épreuve des faits : fournit-elle une issue possible aux dÉfis politiques de « l’aprÈs-guerre froide » ? La gouvernance est une notion au futur incertain, alors que l’avenir de la « mondialisation » en tant que concept est assurÉ quels que soient ses avatars politico-historiques.

Le processus systÉmique de rencontres et d’interactions entre sociÉtÉs humaines est une vieille histoire |4|. DerriÈre le rêve d’Alexandre le Grand de subjuguer les royaumes indiens qui le sÉparent de l’ocÉan primordial et des bords du monde, l’idÉe d’empire universel naît chez les sto¯ciens. Les religions conquÉrantes monothÉistes, les conquêtes impÉriales des Etats europÉens et la premiÈre vague libÉrale du XIXe siÈcle, rythment cette histoire. L’invention du terme « mondialisation »   la fin du XXe siÈcle signale le franchissement d’un seuil. Sous les effets conjuguÉs des technologies du « temps rÉel » et du retour de la libÉralisation du commerce international,   l’issue de la confÉrence de Bretton Woods, les connections entre les sociÉtÉs et les secteurs d’activitÉ deviennent brusquement plus Étroites et plus visibles |5|. La nÉcessitÉ de les penser se fait jour dans des lieux-clÉs de l’Économie et de la politique.

La « gouvernance » fait plus que postuler les limites de l’Etat. Elle suppose que son amincissement est souhaitable pour l’efficacitÉ d’ensemble du systÈme. La « main invisible » le rÉgira avec d’autant plus de facilitÉ que le personnel politique sera encadrÉ par des reprÉsentants des stakeholders littÉralement de ceux qui ont des intÉrêts en jeu. La « gouvernance » s’inscrit intellectuellement dans les fondements du libÉralisme du XVIIIe siÈcle (Bonnafous-Boucher). A  l’encontre des thÉories juridiques du souverain qui fondaient une discontinuitÉ entre le pouvoir du « Prince » et les autres, la gouvernance recherche la continuitÉ, une « porositÉ entre pouvoir politique et Économique ». Dans la mondialisation, au niveau global, la gouvernance n’ouvre pas   l’Ébauche d’un gouvernement mondial, mais plutôt   une multiplication d’organisations ad hoc organisant des noyaux de stakeholders autour de la construction de compromis plus ou moins flexibles.

Dans cette nouvelle Étape de la mondialisation, la « gouvernance » apparaît comme une bifurcation pour s’Écarter de la difficile question de l’Etat mondial. Les doctrinaires nÉolibÉraux s’en satisfont d’autant plus que la notion, venue des grandes entreprises, s’impose sans grande difficultÉ. L’histoire concrÈte de l’ONU a, en effet, vite confirmÉ ce que celle de la SDN avait laissÉ entrevoir : les limites de la coopÉration interÉtatique. Quant   l’Ébauche d’un gouvernement Économique mondial, où le FMI aurait servi de banque centrale mondiale, il est vite revenu sur les ÉtagÈres des utopies, aprÈs l’Échec de Lord Keynes qui ne put faire prÉvaloir ses vues   la confÉrence de Bretton Woods en 1944.

Une multicrise de portÉe historique

Le cycle nÉo-libÉral initiÉ dans les crises des annÉes 1970 se clôt au carrefour de trois crises de temporalitÉs diffÉrentes. Celle du pÉtrole son cours a ÉtÉ multipliÉ par sept en dix ans avant de retomber de moitiÉ en trois mois dont la volatilitÉ annonce la raretÉ croissante des hydrocarbures et promet des problÈmes majeurs d’adaptation de long terme pour les transports, une clÉ de la mondialisation. Celle de l’alimentation, jalonnÉe en 2008 par les « Émeutes de la faim » qui se sont propagÉes dans une vingtaine de pays, est cyclique. Celle de la finance, qui a cependant connu plusieurs crises se succÉdant   « un rythme rapide depuis le dÉbut de la globalisation financiÈre » |6|. L’actuelle est cependant marquÉe par sa gravitÉ ; avant la vague de faillites du « septembre noir » de la finance, les Établissements financiers amÉricains avaient dÉj  perdu en août 2008, selon la Banque des rÈglements internationaux, plus de 500 milliards de dollars en une douzaine de mois , alors que le dollar continuait la glissade entamÉe depuis l’Éclatement de la bulle Internet.

Dans ce contexte de multicrise, les problÉmatiques de la gouvernance montrent leurs limites ; elles reculent face au retour de l’interventionnisme Étatique. Le Wall Street Journal en est   se rÉsigner   « l’adoption de la rÉgulation » |7| ! Quelles sont les configurations des risques qui ont donnÉ du mal aux problÉmatiques de la gouvernance ? Ce sont celles qui, mal adressÉes, dÉbordent des topos où elles se lovent et interagissent avec d’autres. La connectivitÉ croissante des sociÉtÉs entraîne celle des risques |8|. Mais le dÉversement des risques hors de leurs domaines d’origine est-il facilitÉ ? La crise financiÈre inquiÈte par ses rÉpercussions Économiques, les Etats-Unis, la zone Euro, le Japon plongent vers la rÉcession. La crise pÉtroliÈre facilite celle de l’alimentaire, tant les coûts des engrais et du transport affectent ceux de l’agriculture Gouel, C., 2008, « Les causes de la crise alimentaire mondiale : une analyse », in Salmon J.-M., Environnement et Agrocarburants, MEEDDAT.. Les effets retours sont-ils plus forts ? La crise Économique rÉtroagira-t-elle   son tour sur la financiÈre pour l’aggraver ? La crise alimentaire peut-elle renforcer les autres crises ? De fait, la connectivitÉ des risques ouvre   des crises systÉmiques. Aujourd’hui, deux d’entre elles sont suffisamment caractÉristiques du nouveau cycle et contrastÉes pour tester les problÉmatiques de la gouvernance. La premiÈre prend forme autour de la dÉrÉgulation institutionnelle et la deuxiÈme autour des politiques publiques de la complexitÉ.

Les mÉtiers des financiers portent en leur cœur le besoin de penser le risque, de l’anticiper, de l’Évaluer. La crise des subprimes a ÉtÉ comparÉe   un « grain de sable » |9|. Les montants en jeu sont faibles en regard de l’Économie financiÈre. De fait, la part des hypothÈques en dÉfaut de paiement Était de 6%, alors qu’en 1933 elle approchait les 40%. Cependant, elle devient systÉmique en Ébranlant le cœur du systÈme bancaire. A  en croire le prÉsident de la Federal Reserve Bank, il s’agirait de la plus grave crise depuis 1929. Elle aurait une importance bien plus grande que celles qui l’ont prÉcÉdÉe, celle qui suit l’Éclatement de la bulle technologique de 2000 ou la crise financiÈre et monÉtaire de 1997-1998. Mesurer la crise de 2007-2008   l’aune de celle de 1929 signifie qu’elle a une portÉe historique. Au minimum, elle serait comparable   celle de la crise des annÉes 1970 : une rÉorientation des politiques Économiques des pays les plus riches, un changement de paradigme de l’orthodoxie Économique.

Les crises de 1929 et de 1974 ont requis plusieurs annÉes avant que les acteurs parviennent   comprendre leurs ressorts et   les surmonter. Nous sommes prisonniers d’une Échelle de temps comparable. C’est dire qu’on ne saurait, dix-huit mois aprÈs l’Éclatement de la bulle immobiliÈre, dessiner sa sortie de crise. Cependant, la crise actuelle a suffisamment progressÉ pour que l’on puisse reconsidÉrer nos assomptions passÉes. Pourquoi donc les risques de ce « grain de sable » engendrent-ils une crise-systÈme ? Comment comprendre ses effets dÉvastateurs ?

Le nouveau systÈme financier et la perte du sens du risque

L’impensé est la transformation profonde des mÉtiers de la finance. A  la faveur de la derniÈre phase de la mondialisation, celle qui commence dans la dÉcennie 1970 avec l’abandon de l’Étalon-or pour le dollar, la flottaison des monnaies des pays riches , le refus des le§ons keynÉsiennes tirÉes de la crise de 1929. RevampÉ thÉoriquement, le libÉralisme revient en force derriÈre le « monÉtarisme » (un autre mot-clÉ des années 1970, qui n’a pas connu le succÈs |10|). Dans ce nouveau cadre, le systÈme financier devient le coeur de la mondialisation Économique.

Les actionnaires prennent le pas sur le management des entreprises. La rentabilitÉ   court terme s’impose au dÉtriment des investissements de long terme. Quelques managers rÉcalcitrants sont licenciÉs. Mais, le plus souvent, la transformation de leur statut en actionnaire privilÉgiÉ par le biais de stock-options suffit pour obtenir une hausse des dividendes et du prix des actions « la crÉation de valeur » fait rage. Les bonus deviennent l’essentiel de la rÉmunÉration des dirigeants de grandes entreprises. Ils incitent   la prise de risque pour des gains rapides. En 2007, le prÉsident de Lehman Brothers, une institution vÉnÉrable de Wall Street qui sera quelques mois plus tard en faillite, a re§u, en stock-options et bonus, 4,3 millions de dollars, son salaire Étant de 750 000 dollars |11|.

En s’affirmant, le nouveau systÈme financier s’affranchit largement des rÉgulations Étatiques |12|. Jusqu’alors, le systÈme reposait sur les banques et leur capacitÉ   l’intermÉdiation. Il va progressivement faire de plus en plus de place au « non-bancaire » (fonds de pensions de retraites, fonds communs de placement |13|, hedge funds, assurances, etc.), c’est- -dire au marchÉ. Globalisation, dÉrÉgulation et privatisation deviennent des stratÉgies de profit.

Ce nouveau systÈme financier n’a, dÈs lors, guÈre besoin de rÉgulations Étatiques, estiment ses acteurs majeurs. Les grandes banques amÉricaines elles-mêmes rejettent l’idÉe que l’Etat puisse Élargir le pÉrimÈtre de responsabilitÉ de la Fed pour couvrir les nouveaux territoires du « non-bancaire », les produits dÉrivÉs et les processus de titrisation. Il y a une « dÉrÉgulation de facto » |14|. Elle approfondit la dÉrÉgulation de jure qui affranchit les banques commerciales de dÉpôts du carcan rÉglementaire post 1929. Le Glass Steingall Act, ÉdictÉ aux dÉbuts du New Deal, en 1933, sÉparait les banques d’investissement des banques de dÉpôts, les unes ne pouvaient plus recevoir de dÉpôts, les autres prendre des participations industrielles. Leurs champs d’action restaient restreints   l’Etat où elles avaient leur siÈge. Ce compartimentage est confirmÉ par des lois votÉes en 1956 et 1970, les Bank Holdings Company Acts. Ce pluralisme bancaire est mis   bas en 1999-2000. Quoique supervisÉe par deux autoritÉs de tutelle diffÉrentes, la frontiÈre entre ces deux types de banques s’attÉnue. Les grandes banques new-yorkaises et californiennes peuvent dÉsormais Étendre leur rayon d’action   tous les Etats-Unis. La concentration bancaire est relancÉe la crise des banques d’Épargne de 1988 avait dÉj  engendrÉ une premiÈre vague de « consolidation » (en 1987, il y avait 17 345 Établissements couverts par une garantie de l’Etat fÉdÉral, il n’y en avait plus que 10 924 en 1997, soit une chute de 37% en dix ans). Pour ses promoteurs, l’agrandissement des banques de dÉpôts leur permettra de tenir tête aux nouveaux acteurs de Wall Street, le « non bancaire ». Mais, prises en Étau entre elles et les nouveaux acteurs, les banques d’investissement choisissent de prendre plus de risques pour augmenter leur rentabilitÉ et leur attractivitÉ boursiÈre.

Le dÉveloppement du nouveau systÈme financier avec sa globalisation est Étroitement liÉ aux progrÈs de la puissance informatique et   l’apparition des rÉseaux Électroniques. Le compartiment des Échanges monÉtaires est le premier   en tirer parti : la flottaison gÉnÉrale des monnaies est stimulÉe par les connexions qui s’Établissent entre les places et les courtiers. DÈs les annÉes 80, des formes originales de gestion du risque financier apparaissent. Ce dernier est dispersÉ par la mutualisation et l’externalisation, par le couplage de produits dÉrivÉs et de leur titrisation. La mathÉmatisation croissante de ces produits complexes est portÉe par la prolifÉration de la puissance informatique. Certains d’entre eux demanderaient une journÉe de travail   un docteur en mathÉmatiques ! Autant dire que les dirigeants des banques n’y comprennent pas grand chose. Ils font confiance   leurs subordonnÉs. Les traders gagnent d’autant plus en autonomie qu’ils sont par ailleurs courtisÉs par la concurrence.

Ces procÉdÉs se sophistiquent et connaissent un usage grandissant. Au dÉbut des annÉes 2000, l’invention des Collateralised Debt Obligation (CDO), permet de rendre liquide des titres qui ne le sont pas. Les banques peuvent ainsi se refinancer auprÈs d’investisseurs sur les risques, auxquels elles les revendent tandis que ces derniers usent de ces CDO comme capital pour emprunter. Entre 2004 et 2007, le montant des CDO triple et atteint 486 milliards de USD. Le procÉdÉ est d’autant plus facilement utilisÉ pour revendre des paquets incluant entre autres des subprimes que depuis le milieu des annÉes 90, de nouveaux mÉcanismes permettent de se prÉmunir contre la faillite des emprunteurs et des prêteurs, les CDS, Credit Default Swaps, les CDO synthÉtiques, etc. Ces produits se nÉgocient de grÉ   grÉ, sans l’intermÉdiaire d’une bourse ou d’une chambre de compensation. Entre 2000 et 2007, le seul montant des CDS aurait ÉtÉ multipliÉ par 30. Il atteignait 57 894 milliards de dollars en dÉcembre 2007, devenant supÉrieur au PIB des pays de l’OCDE |15| . Le chiffre est dÉmesurÉ. En fait, les intermÉdiaires se couvrent eux aussi, vis- -vis de l’emprunteur et du prêteur. Une fois dÉfalquÉes les couvertures rÉciproques, les montants potentiels en jeu descendraient   2 700 milliards de dollars, selon l’International Swaps and Derivatives Association.

L’essor des CDO et des CDS participe d’une bulle des liquiditÉs. Les crÉdits accordÉs au privÉ dans les pays riches augmentent de 37% entre 1995 et 2007, selon la Banque des rÈglements internationaux (BRI). De leur côtÉ, les pays Émergents d’Asie organisent la sous-Évaluation de leurs monnaies, lesquelles auraient d» s’apprÉcier s’ils avaient laissÉ jouer les mÉcanismes de marchÉ puisque leurs rÉserves monÉtaires sont multipliÉes par trois entre 2000 et 2007. Leurs achats de bons du trÉsor amÉricain alimentent une euphorie du crÉdit aux Etats-Unis. Le recyclage de pÉtrodollars, dont les mo
ntants grimpent avec la montÉe du cours du pÉtrole, de pays dont la monnaie a un taux de change fixe avec le dollar, comme ceux du Golfe, joue un rôle identique outre-Atlantique. Enfin, les taux directeurs des banques centrales, particuliÈrement aux Etats-Unis, sont trÈs abaissÉs pour relancer l’Économie aprÈs l’Éclatement de la bulle technologique en 2000-2001. Cette bulle des liquiditÉs entraîne une perte du sens du risque chez les acteurs financiers. Les subprimes, des CDO qui permettaient de solvabiliser temporairement une clientÈle exclue du marchÉ immobilier trop cher, en sont une illustration. Les subprimes sont des prêts immobiliers de mauvaise qualitÉ. Pendant une pÉriode initiale, en gÉnÉral deux ans, les taux sont bas. Puis ils deviennent variables et se calent au-dessus du taux courant puisqu’ils sont de mauvaise qualitÉ. Le prÉsupposÉ est que le marchÉ immobilier continuera de monter et que ceux qui ne pourront rÉgler leurs intÉrêts pourront revendre en tout État de cause leur maison et rembourser le prêt avec un bÉnÉficeA ¦ |16|

Les mÉcanismes antirisques aggravent la crise

Les bulles des crÉdits immobiliers et des liquiditÉs Éclatent quand le marchÉ de l’immobilier se retourne. Alors la chute des CDO entraîne celle des CDS. Dans les banques commerciales, qui sont rÉgulÉes par la Federal Reserve Bank, ces produits sont gÉnÉralement « hors bilan » comptable. Personne ne peut savoir qui dÉtient quoi. Les marchÉs des CDO et des CDS Étant privÉs, leur opacitÉ entraîne une crise de confiance profonde entre les acteurs financiers. Qui dÉtient quoi ? La mÉfiance entre acteurs financiers s’installe d’autant plus que les notations des CDO et des CDS par les agences spÉcialisÉes ont ÉtÉ souvent trompeuses. ConsÉquence, le taux d’intermÉdiation monte (la part des crÉdits accordÉs par les Établissements de crÉdit devient proportionnellement plus ÉlevÉe dans l’ensemble des financements ).

Le mÉcanisme de la crise financiÈre est tout   fait classique. Ce qui frappe, c’est la vitesse de sa propagation et son ampleur. Le nouveau systÈme financier aurait jouÉ un rôle d’accentuation et d’accÉlÉrateur |17|. Ironiquement, les mÉcanismes qui devaient assurer une dispersion du risque financier se retournent contre eux-mêmes et organisent la panique financiÈre. Il faut remonter   celle de 1929 pour trouver une crise de rÉfÉrence. Comme le souligne Pollin, Ben Bernanke, l’universitaire qui dirige la Fed, a tirÉ,   sa fa§on, la le§on de la crise de 1929 |18|. Pour lui, sa durÉe et son ampleur ont ÉtÉ la consÉquence de la hausse du taux d’intermÉdiation, affaiblissant l’Économie. A  partir de l , s’enclenchent une sÉrie de rÉtroactions et d’actions et une circularitÉ causale entre les crises financiÈres et Économiques, qui les aggravent toujours plus.

EquipÉ de cette grille de lecture, le patron de la Fed veut Éviter   tout prix les faillites d’Établissements financiers. La perte de la connaissance de leurs clientÈles aggraverait les asymÉtries d’information |19| ; elle conduirait   une hausse encore plus forte des taux d’intermÉdiation. La conviction du prÉsident de la Fed est testÉe en mars 2008. Bear Sterns, une des cinq grandes banques d’investissement qui font Wall Street, subit une perte de confiance gÉnÉralisÉe. Elle a pris trop de risques pour Étendre son volume d’affaires. Ses engagements dÉpassent de vingt-cinq fois sa capitalisation, en 2005-2006. Largement engagÉe sur les marchÉs des CDO, Bear Sterns subit la dÉprÉciation de ses actifs immobiliers   partir du printemps 2007. Paradoxalement, les dispositifs anti-risques se retournent contre leurs objectifs. De nouvelles rÈgles comptables ont ÉtÉ mises en place. Elles ont tirÉ les le§ons de l’interminable dÉflation japonaise aprÈs l’Éclatement de la bulle immobiliÈre au dÉbut des annÉes 90. Jusqu’alors, les banques amÉricaines devaient calculer la valeur de leurs actifs en fonction de leur maturitÉ. DorÉnavant, on les calcule   la valeur du jour de l’arrêt de la comptabilitÉ. C’est ce qu’on appelle la valeur de marchÉ- mark to market. Ainsi, la perte de valeurs des CDO de Bear Sterns et des autres banques doit être intÉgrÉe trimestriellement. Pour y faire face elles revendent des actifs, ce qui pousse la bourse   la baisse et diminue la valeur des actifs des banques, elles doivent   nouveau se sÉparer d’actifs, etc. Elles entrent dans le « paradoxe du dÉsendettement ». En se dÉsendettant, elles se surendettent pour le trimestre suivant.

Bear Sterns, donc, cherche continuellement de nouveaux capitaux pour compenser ses pertes comptables. Elle y parvient mal : ses engagements dÉpassent de trente fois sa capitalisation dÈs le dernier trimestre 2007. La mÉfiance gagne. Elle a de plus en plus de difficultÉ   emprunter les capitaux nÉcessaires. Alors qu’elle doit provisionner les pertes d’actifs du premier trimestre 2008, les prêteurs se dÉrobent. La faillite menace. Comme les autres banques d’investissement de Wall Street, Bear Sterns est en dehors du champ de rÉgulation de la Fed. Elle dÉpend de l‘US Securities and Exchange Commission (SEC) qui a ÉtÉ crÉÉe sous le New Deal. Tirant les le§ons de la crise de 1929, les banques d’investissement ont ÉtÉ alors sÉparÉes des banques commerciales dites banques de dÉpôts. Cette frontiÈre rÉglementaire n’arrête pas le prÉsident de la Fed. Il arrange la reprise de Bear Sterns par JP Morgan Chase, la Fed prenant   son compte trente milliards de crÉances douteuses.

Les choix de Ben Bernanke ne sont pas du go»t de tous ses prÉdÉcesseurs. Paul Volcker lui reproche rapidement de jouer avec « le mantra des banques centrales sanctifiÉ par le temps prêter librement   des taux ÉlevÉs en Échange de bons collatÉraux ». Volcker condamne la reprise par la Fed d’hypothÈques « au pedigree discutable » : « la Fed est aux limites de ses pouvoirs lÉgaux ou implicites ». Brutalement, il assÈne que « le nouveau systÈme financier a ÉchouÉ   passer le test du marchÉ ». Plus tard, on dÉcouvrira que Ben Bernanke avait une motivation de plus. Il craint que la faillite de Bear Sterns ne secoue de fa§on imprÉvisible les marchÉs des CDS, où Bear Sterns est trÈs engagÉe. Le marchÉ global des CDS, qui couvre de nombreux produits dÉrivÉs, pÈse en apparence cent fois celui des CDO. Ce que rÉvÈle la fin de Bear Sterns, c’est donc la fragilitÉ des nouveaux marchÉs financiers et les risques occasionnÉs par l’opacitÉ de tels marchÉs où les opÉrations se dÉroulent de grÉ   grÉ, sans registre public des Échanges.

Une fausse le§on envahit les mÉdias en avril 2008,   l’issue du rachat de Bear Sterns : de tels dÉrÈglements avaient pu se produire parce que les banques d’investissement Étaient mal rÉgulÉes. Six mois plus tard, il apparaît que l’autoritÉ de rÉgulation avait parfaitement identifiÉ les risques d’un effondrement des marchÉs des subprimes dÈs 2006, soit un an avant que la crise n’Éclate |20|. Mais la SEC avait choisi de ne pas demander   Bear Sterns d’envisager ce scÉnario. D’une fa§on gÉnÉrale, la SEC sous l’autoritÉ de son prÉsident, Christopher Cox, avait rÉduit d’elle-même son rôle. Ainsi, le 28 avril 2004,   la demande des cinq grandes banques d’investissement de Wall Street, dont Bear Sterns, la SEC supprima les limites d’endettement qui pesaient sur leurs activitÉs de courtage. Les rÉserves de dollars libÉrÉes leur permirent d’engager jusqu’  trente fois leur capitalisation surtout sur les marchÉs des CDO et des CDS. SimultanÉment, la SEC dÉcida d’externaliser le contrôle des risques au sein de ces banques, en se fiant   leurs modÈles informatiques. Ironie de l’histoire, le primus inter pares des banquiers dans cette nÉgociation, en 2004, Henry Paulson, alors patron de Goldman Sachs, est, en 2008, le ministre du TrÉsor, au moment de la fin de Bear Sterns et de l’organisation de son rachat par JP Morgan Chase. Dans le cas de l’effondrement de Bear Sterns, la mauvaise gestion du risque serait moins imputable   la faiblesse de la rÉgulation qu’  l’absence de volontÉ politique d’exercer une intervention Étatique. Elle renvoie   une extension de facto du modÈle de gouvernance d’autor
©gulation, ce que confirme le 26 septembre 2008, Christopher Cox qui dÉclare « les derniers six mois ont montrÉ clairement que la rÉgulation volontaire ne fonctionne pas » |21| .

Le deuxiÈme test de la volontÉ de Ben Bernanke d’empêcher la faillite d’Établissements financiers survient durant l’ÉtÉ 2008. La bulle immobiliÈre continuant   se dÉgonfler, le prix des biens immobiliers continue de baisser. Les ressources des prêteurs baissent automatiquement, compte tenu de la rÈgle comptable de la valeur de marchÉ. D’autant plus qu’aux Etats-Unis,   la diffÉrence de l’Europe, les prêteurs ne peuvent rÉcupÉrer leurs crÉances hypothÉcaires que sur le seul bien immobilier gagÉ. Les Établissements spÉcialisÉs dans les prêts immobiliers deviennent vulnÉrables. La moitiÉ de ces prêts sont adossÉs   deux institutions dites « entreprises soutenues par l’Etat », Freddy Mac et Fanny Mae. Cette garantie implicite de l’Etat ne suffit plus. Elles ont du mal   se refinancer sur les marchÉs. Le ministÈre du TrÉsor se fait donner les moyens juridiques d’une Éventuelle intervention en juin 2008, escomptant que cela suffira   calmer les marchÉs. Mais la situation se dÉgradant, avec le soutien du prÉsident de la Fed, le ministre du TrÉsor, Henry Paulson, doit dÉcider de leur nationalisation. Alors que les libÉraux bataillaient depuis deux ans pour obtenir leur sÉparation d’avec l’Etat bloquant toute rÉforme la dÉcision n’est pas facile pour le ministre du prÉsident Bush, et encore moins pour ce dernier. Pour les initiateurs de « la rÉvolution conservatrice », Ronald Reagan et Margaret Thatcher, l’Etat n’Était pas la solution mais le problÈme. Par ses actions, G.W. Bush se rÉsigne   admettre que l’Etat fait partie de la solution.

C’est un moment crucial. La bataille discrÈte que les libÉraux des milieux dirigeants livrent   la coalition des pragmatiques et des antilibÉraux se clôt. Une intervention massive de l’Etat est requise. La querelle entre libÉraux et antilibÉraux va se dÉplacer sur les modalitÉs de l’intervention Étatique : une prise de participation de l’Etat dans le capital des Établissements financiers ou des prêts, voire une simple rÉcupÉration par l’Etat des crÉances douteuses ? Le basculement de la prÉsidence Bush doit largement aux besoins de financement de l’Etat amÉricain. Les dÉsÉquilibres de l’Économie amÉricaine se sont aggravÉs avec les derniÈres avancÉes de la globalisation. Ils se sont renforcÉs avec les inflexions Économiques des nÉoconservateurs et en particulier leur dÉdain pour l’Équilibre budgÉtaire |22|

En 2007, le dÉficit de la balance des comptes courants reprÉsente 5,3% du PIB. Les banques centrales des pays qui bÉnÉficient du commerce avec les Etats-Unis, recyclent ces dollars en achetant des obligations de l’Etat amÉricain et de ses agences. En 2007, les banques centrales ÉtrangÈres possÉdaient 57% des bons du trÉsor amÉricains, un chiffre record. La Chine dÉtient, en plus, pour 300 milliards de dollars d’obligations sur les Freddy Mac et Fanny Mae, soit le huitiÈme de ses rÉserves de change. PÉkin comme Tokyo s’inquiÈtent. Leurs banques centrales ont cessÉ durant l’ÉtÉ d’acheter ces obligations. Pire, elles font comprendre que si les deux entreprises faisaient faillite, elles pourraient reconsidÉrer leurs achats d’obligations amÉricaines. Les besoins de financement de Washington sont tels que l’Etat amÉricain ne saurait s’aliÉner PÉkin et Tokyo. La nationalisation de Freddy Mac et Fanny Mae donne de la visibilitÉ   la bulle du crÉdit, jusqu’alors masquÉe par l’Éclatement de la bulle de l’immobilier.

Le troisiÈme test se prÉsente dans la foulÉe. Les digues craquent. La perception de la crise s’Élargit   la bulle des liquiditÉs. La nationalisation des deux gÉants des prêts immobiliers, le dimanche 7 septembre, ne calme pas les marchÉs. Maintenant,   Wall Street, les quatre grandes banques d’investissement survivantes sont dans le collimateur boursier. Les titres qui garantissent contre leurs faillites, les CDS, grimpent chaque jour, entraînant le lendemain une dÉprÉciation du prix de leurs actions, et donc de leur capitalisation. Nationaliser une nouvelle fois ? Les oppositions sont fortes des deux côtÉs de l’ocÉan Atlantique . Henry Paulson, le ministre du TrÉsor n’y est pas disposÉ. Le samedi 13 septembre, Henry Paulson se refuse   faire ce qu’il avait concÉdÉ en mars pour Éviter la faillite de Bear Sterns. Pour racheter Lehman Brothers, Bank of America veut un engagement de la Fed qui aurait co»tÉ deux fois plus |23|. C’est non.

Henry Paulson veut croire que les marchÉs ont anticipÉ la chute de Lehman Brothers fidÈle   l’axiome nÉo-libÉral selon lequel les marchÉs se corrigent eux-mêmes. La faillite du prestigieux Établissement de Wall Street, le lundi 15 septembre, provoque une rÉaction en chaîne. Comme Paul Volcker, l’ancien prÉsident de la Fed, l’avait fait remarquer, quelques mois auparavant, le sauvetage de Bear Sterns «sera s»rement interprÉtÉ comme la promesse implicite d’une action identique dans le cas d’une future tourmente financiÈre ». En mars, les crÉanciers avaient ÉtÉ protÉgÉs. DorÉnavant, ils ne le seraient plus ? ImmÉdiatement les co»ts des assurances contre les faillites des emprunteurs s’ÉlÈvent et Établissent un record. Le co»t pour assurer pour cinq ans dix milliards de dollars passe de 152 000 dollars, le vendredi 12,   194 000 dollars, le lundi 15, soit une hausse de 28% |24|. Les vendeurs d’assurances contre les faillites (les banques, les fonds, les sociÉtÉs d’assurance) doivent immÉdiatement augmenter les sommes collatÉrales qui garantissent les contrats passÉs. Ce lundi 15 septembre, ils cherchent quelque 140 milliards de dollars |25|. Leurs ventes d’action prÉcipitent Wall Street et les autres bourses vers des abîmes. Le rapatriement des capitaux amÉricains de l’Étranger, y compris des pays Émergents, entamÉ depuis juillet, s’accÉlÈre.

DerriÈre les vendeurs d’assurance, il y a « les rehausseurs », ceux qui garantissent ces contrats en dernier ressort. Dans ce contexte, la situation du premier assureur mondial, American Insurance Group (AIG), devient critique. Il dÉtient pour plus de 400 milliards de dollars de contrats contre les faillites d’entreprises (ce qui reprÉsente 0,66% du marchÉ des CDSA ¦). De 2004   2005, encouragÉ entre autres par la banque d’investissement Merrill Lynch, la troisiÈme de Wall Street, AIG garantit par des CDS des CDO incluant des subprimes. Mais, les risques encourus par AIG ne se limitent pas   la couverture d’Éventuelles faillites. Les acheteurs de CDS ont le droit de demander   AIG de fournir des « collatÉraux » si les obligations couvertes par les CDS perdent de la valeur. C’est ce qui se produit   partir du printemps 2007 et de l’Éclatement de la bulle immobiliÈre. DÈs ao»t 2007, Goldman Sachs fait jouer cette clause, bientôt suivie par d’autres banquesA ¦ De surcroît, AIG est soumis aux nouvelles rÈgles comptables et doit dÉprÉcier la valeur des CDS qu’elle a Émis. DÈs le quatriÈme trimestre 2007, AIG affiche des pertes.

La c
hute des bourses qui s’accentue en 2008, la propagation de la crise financiÈre augmentent les pertes potentielles liÉes aux faillites. En ao»t 2008, AIG les estime   8 milliards de dollars. Pourtant, un modÈle informatique bourrÉ de donnÉes avait donnÉ de l’assurance aux dÉcideurs d’AIG, ceux de l’unitÉ de produits financiers |26|. Le modÈle informatique a-t-il failli ? Cet outil antirisques a-t-il conduit les responsables   trop s’engager ? Ce ne serait pas la premiÈre fois que Wall Street frise la catastrophe pour une trop grande confiance dans la modÉlisation |27| . Plus gÉnÉralement, les produits hypersophistiquÉs que permet la prolifÉration informatique Échappent-ils   la comprÉhension des dirigeants des grandes entreprises financiÈres ? Quoiqu’il en soit, la baisse de la notation d’AIG par les agences l’a dÉj  amenÉ   rechercher quatorze milliards de dollars, la semaine prÉcÉdant la faillite de Lehman Brothers. Le choc devient impossible   absorber. Les rÉpercussions sont globales. Les deux tiers des activitÉs d’AIG sont   l’Étranger. A  Singapour,   Hong-Kong, la panique gagne les Épargnants qui font la queue devant les agences locales d’AIG. Le mardi 16 septembre, le gouvernement amÉricain nationalise AIG : les pertes de l’assureur sur les CDS seraient estimÉes   plus de 80 milliards de dollars   la fin octobre 2008.

ParallÈlement, la faillite de Lehman Brothers pÉnalise les hedge funds qui utilisaient cette banque comme courtier. Ils y avaient dÉposÉ leurs titres. EchaudÉs, ils se mettent   retirer leurs fonds des autres banques d’investissement et des fonds monÉtaires qui ont pourtant une rÉputation de gestion plus conservatrice. La panique enfle.

Le ministre du TrÉsor et le patron de la Fed ont largement sous-estimÉ la connectivitÉ des risques dans le nouveau systÈme financier. Les acteurs sont beaucoup plus interdÉpendants qu’il n’y semblait. Henry Paulson n’attendait pas une telle tourmente il pensait que les marchÉs s’Étaient prÉparÉs   la chute de Lehman Brothers. Soutenu par Ben Bernanke, il opÈre un demi-tour complet.

Multicrise : quel nÉo-interventionnisme Étatique ?

Les autoritÉs financiÈres deviennent plus proactives. Le jeudi 18 septembre, la Fedgarantit les fonds monÉtaires   hauteur de 3 400 milliards de dollars et propose au CongrÈs de racheter aux banques les actifs toxiques   hauteur de 700 milliards de dollars, cette derniÈre somme reprÉsentant le quart du budget amÉricain. La Feds’agite pour que les banques en mauvaise santÉ soient rachetÉes avant de s’effondrer, quitte   garantir des crÉances douteuses ou   les prendre en charge. Elle laisse Bank of America racheter Merrill Lynch, ce qui lui fait franchir le seuil lÉgal qui limite les dÉpôts dÉtenus par une banque   10% du marchÉ amÉricain. Washington Mutual est rachetÉe par JP Morgan Chase, qui avait dÉj  repris Bears Stern quelques mois auparavant, puis Wachovia est l’objet d’une compÉtition âpre entre Citigroup et Wells Fargo, qui l’emporte. De nouveaux gÉants bancaires naissent de la crise. En neuf mois, les trois plus grandes banques Bank of America, JP Morgan Chase et Wells Fargo auraient augmentÉ leurs dÉpôts de moitiÉ. A  elles trois, elles contrôleraient presque le tiers des dÉpôts. Une dÉrÉgulation de facto s’opÈre   chaud.

DÈs 2004, des chercheurs, analysant les consÉquences de l’Épisode de faillite des banques d’Épargne en 1987-88, avaient soulignÉ que la concentration bancaire suscitait des Établissements financiers « trop gros qu’on les laisse s’effondrer » |28|. La garantie de facto qu’apportait leur taille pouvait conduire leurs dirigeants   prendre des risques inconsidÉrÉs. D’autant que les rÉmunÉrations indexÉes sur la performance boursiÈre les y incitent. Paradoxalement, alors que ce diagnostic est validÉ dans la crise, les autoritÉs laissent se crÉer des banques encore plus puissantes. Y aurait-il dorÉnavant un capitalisme   deux vitesses ? Ceux qu’on peut laisser faire faillite et les autres ? Mais pourquoi ce rÉgime de faveur serait-il rÉservÉ aux plus grandes banques ? Des sociÉtÉs d’assurance, de grandes entreprises, dont General Motors et General Electric, demandent   Émarger aux secours de l’Etat.

Le dÉbat qui naît, aprÈs la crise des subprimes, sur l’extension de la rÉgulation des risques bancaires est en fait un dÉbat sur la pertinence des gouvernances financiÈres et/ou de l’intervention Étatique. Pour beaucoup, le cycle libÉral initiÉ en 1973 aurait ÉpuisÉ son potentiel. Cependant, diffÉrentes sorties de crises restent possibles dans le cadre d’interventions croissantes de l’Etat. La suprÉmatie du capital financier se rÉorganisera-t-elle autour de grandes banques de dÉpôts plus puissantes que jamais ? Ou l’Économie globale s’Émancipera-t-elle de la domination des acteurs financiers ? Les forces de dissociation de la globalisation vont-elles prendre de l’essor ? L’hÉgÉmonie amÉricaine va-t-elle s’effilocher ? L’Etat social et les politiques de redistribution feront-ils un retour aprÈs l’Échec du nÉo-libÉralisme ? Etc.

L’issue sera, pour une large part, commandÉe par la force de la crise et particuliÈrement par deux ÉventualitÉs : une extension de la crise financiÈre mettant en jeu les CDS ou des produits dÉrivÉs, et une Éventuelle transformation d’une rÉcession Économique de quelques trimestres en une dÉpression de plusieurs annÉes. Les contribuables amÉricains paieraient alors deux fois la crise : aprÈs avoir ÉpongÉ, par leurs impôts, les bilans bancaires, ils auraient encore   supporter une baisse prolongÉe de leur pouvoir d’achat. L’examen des graves crises prÉcÉdentes indique que la chute du PNB se situe en gÉnÉral entre 2% et 5 % durant deux ans |29|.

Le dÉversement de la crise financiÈre sur l’activitÉ Économique s’opÈre par plusieurs canaux. Il touche d’abord des pays qui ont ÉpousÉ des politiques Économiques imitant celles des nÉoconservateurs amÉricains : la Grande-Bretagne, l’Irlande, l’Australie, l’Islande mais aussi « la nouvelle Europe » celle des pays « dÉcommunisÉs ». La crise commence souvent,   l’instar des Etats-Unis par des pertes de valeurs de l’immobilier et de ses crÉdits. Les particuliers des pays où la bulle immobiliÈre Éclate, d’abord les Etats-Unis, puis la Grande-Bretagne, enfin l’Espagne et l’Irlande, voient leurs capacitÉs d’emprunt diminuer, ce qui affecte leurs consommations   crÉdit. De leur côtÉ, les banques commerciales, soumises en Europe, depuis le dÉbut de 2008, aux ratios dits de Bâle II (qui visent   prÉvenir de graves dÉfaillances dans l’Évaluation des risques par le systÈme bancaire des pays riches |30|), voient leur capacitÉ   prêter diminuer au fur et   mesure que leurs actifs,   commencer par les CDO et les CDS, perdent de leur valeur. PrÉcisons que dans le cadre de leur compÉtition avec les banques d’affaires et les autres acteurs financiers qui n’ont pas   respecter ces ratios, les bureaux de New York des banques commerciales, dans le souci d’amÉliorer leurs profits, ont crÉÉ des « vÉhicules » où elles ont conservÉ une part des CDO et des CDS. Il leur faut donc rÉintÉgrer ces pertes dans leurs bilans. Les nouvelles normes de comptabilitÉ mark to marketaccentuent les mauvais bilans au point que l’Union europÉenne insiste pour que ces normes puissent être assouplies |31|… Le crÉdit est rationnÉ.

ParallÈlement, la mÉfiance s’instaure entre les banques. Comme aux Etats-Unis, les prêts massifs des banques centrales ne suffisent pas. Le mouvement de concentration bancaire ne tarde pas   traverser l’ocÉan Atlantique. Les gouvernements du Benelux nationalisent Fortis, un bancassureur, et revendent les meilleurs morceaux   BNP Paribas ; le gouvernement britannique nationalise HBOS, une banque spÉcialisÉe dans l’immobilier, et essaie d’organiser sa reprise par Lloyds TSB, ce qui nÉcessite d’allÉger les limites   la concentration bancaire. Londres prend aussi des participations dans des banques importantes comme Royal Bank of Scotland. D’autres gouvernements, soucieux de limiter l’intervention Étatique, se contentent de prendre des participations sans droit de vote. Un peu partout, l’Etat, de prêteur en dernier recours, via les banques centrales, devient un prêteur en premier recoursA ¦ Mais jusqu’  quel point, les Etats et les banques centrales des pays les plus riches peuvent-ils accumuler des actifs au « pedigree discutable » ? A  quel moment, une vague inflationniste deviendrait-elle bienvenue pour amÉliorer les bilans des banques centrales ?

Un autre canal de dÉversement dans le monde de la crise financiÈre, dont l’Épicentre est aux Etats-Unis, est celui des interconnexions financiÈres. La nÉcessitÉ pour les acteurs financiers amÉricains de rÉaliser des actifs les amÈne   liquider leurs positions sur les marchÉs lointains. Les marchÉs boursiers des pays Émergents s’effondrent. D’octobre 2007   octobre 2008, les indices boursiers de rÉfÉrence baissent de 67% en Chine, de 50% en Inde et de 40% au BrÉsil. Le co»t d’emprunt pour les gouvernements et les entreprises de ces pays montent. La concentration bancaire progresse. Au BrÉsil, Itaù Holding Financeira SA absorbe Unibanco pour former la plus importante banque d’AmÉrique latine. Des gouvernements de pays plus riches sont   leur tour affectÉs par la gÉnÉralisation de la dÉfiance financi
Ère : l’Europe de l’Est, la GrÈce, l’Italie |32|.

Les ventes massives d’actifs par les acteurs amÉricains touchent aussi les positions   terme sur le pÉtrole et les produits alimentaires dÈs l’ÉtÉ 2008. Les prix deviennent extrêmement volatils tout en s’effondrant. Le baril de pÉtrole qui se nÉgociait autour de cent quarante dollars amÉricains en juin 2008 ne vaut plus que soixante-dix dollars en octobre. Les anticipations sur la crise Économique renforcent le processus. Dans l’hypothÈse d’une dÉflation des pays riches, il est plausible que la crise du pÉtrole s’enterre encore plus quitte   rejaillir   la moindre anticipation de reprise Économique |33|A ¦Ce qui ne facilite pas les investissements dans les Énergies alternatives requis pour attÉnuer la crise climatique. De même, la chute des prix alimentaires n’entraînerait pas automatiquement une diminution du nombre des mal-nourris dans le monde qui a progressÉ en 2008.

L’ampleur des effets sur l’Économie mondiale reste difficile   anticiper, ne serait-ce que parce que l’Économie n’a jamais ÉtÉ aussi mondialisÉe et que les rÉpercussions d’une dÉcision macro-Économique dans une capitale ont des effets inattendus ailleurs. Les rÉtroactions de la crise Économique sur la financiÈre et, a fortiori, sur les autres crises (pÉtroliÈre, alimentaire, climatique) sont encore plus difficiles   anticiper.

Cependant, la crise financiÈre est suffisamment avancÉe pour que la discussion des politiques et des dispositifs anti-risques soit renouvelÉe. Introduire de la transparence dans les marchÉs de grÉ   grÉ, que ce soit par des chambres de compensation des produits dÉrivÉs, par des normes comptables (rÉintroduction des produits dÉrivÉs dans les bilans bancaires) ou par l’instauration de bourses, diminuerait la mÉfiance entre acteurs financiers. Ils sauraient qui possÈde quoi. Pour autant, plus de rÉgulation ne suffit pas   fonder une politique anti-risques. L’attitude de la SEC vis- -vis des risques des subprimes dans les banques d’investissement montre que l’existence d’une instance rÉgulatrice n’empêche pas la transformation d’un risque en crise dÈs lors que sont aux manettes « des rÉgulateurs qui ne rÉgulent pas » (Jeffrey D. Sachs). De même, il a ÉtÉ soulignÉ que « l’euphorie irrationnelle » du crÉdit facile avait ÉtÉ suscitÉe par la politique des taux bas de la banque centrale amÉricaine.

Les dispositifs rÉglementaires de rÉajustement automatique comme l’introduction de la comptabilitÉ   valeur de marchÉ (mark to market) dans les banques ont contribuÉ   accentuer la crise au lieu d’aider   la contenir ; tout comme les instruments de marchÉ que sont la mutualisation et l’externalisation des risques par les produits dÉrivÉs ou les assurances en cascades. En amont, la modÉlisation informatique, et plus gÉnÉralement, la prolifÉration informatique ont contribuÉ   une sous-estimation des risques. La crise a surtout confirmÉ qu’aujourd’hui, par le jeu de la concentration bancaire qui se poursuit et de la connexitÉ des risques, les grands Établissements sont dÉj  trop puissants pour être mis en faillite. Le savoir incita   prendre plus de risques. La confirmation   l’Épreuve des faits, du soutien des Etats aux Établissements menacÉs, n’est s»rement pas une incitation   prendre moins de risques dans l’avenir.

Au-del  des effets de la bulle immobiliÈre, qui se dÉgonfle, persiste une bulle des liquiditÉs et du crÉdit. Elle se dÉgonfle sous l’effet de l’effondrement des actifs boursiers dans le monde (12 000 milliard de dollars, de la faillite de Lehman Brothers   l’avant-derniÈre semaine d’octobre 2008) et du deleveraging des acteurs financiers. Cependant les 4 000 milliards de dollars injectÉs dans le systÈme bancaire par les banques centrales attÉnuent l’Éclatement de la bulle du crÉdit. La charge de la dette publique aux Etats-Unis et en Europe est alourdie par le sauvetage du systÈme financier et l’aggravation des dÉficits publics vraisemblable. Tout comme la volontÉ des banques centrales d’Extrême-Orient de maintenir artificiellement bas le taux de leurs monnaies et d’exagÉrer ainsi leurs excÉdents commerciaux qui seront recyclÉs dans les dÉficits amÉricains et europÉens, etc.

Plus gÉnÉralement, les foyers des classes moyennes et laborieuses amÉricaines ont assis la progression de leur pouvoir d’achat depuis 2002 sur le crÉdit. Selon les termes de Paul Volcker, les Etats-Unis sont « habituÉs   dÉpenser et consommer plus qu’ils ne produisent ». Faire Éclater plus fortement la bulle du crÉdit restreindrait sensiblement leur pouvoir d’achat sauf   rÉintroduire des politiques de redistribution des revenus. Dans le dÉbat public, seul Paul Volcker, l’ancien patron de la Fed, souhaite des politiques de restriction des crÉdits   la consommation aux Etats-Unis, ce qui, augmentant le taux d’Épargne attÉnuerait le recours aux capitaux d’Extrême-Orient. Le rôle Éminent de Paul Volcker auprÈs de Barack Obama persistera-t-il maintenant que ce dernier est Élu ?

En tout État de cause, dÉgonfler la bulle des liquiditÉs et du crÉdit s’oppose largement aux politiques actuelles qui visent   amortir le choc de la bulle immobiliÈre en prÉservant l’essentiel des Établissements bancaires et en attÉnuant la rÉcession Économique. L’opposition entre Ben Bernanke et Paul Volcker est celle de deux thÉrapies diffÉrentes. Dix-huit mois aprÈs le dÉmarrage de la crise, penser la connexitÉ des risques et des crises entre les bulles de l’immobilier et du crÉdit reste largement   accomplir.

Une approche multirisque en difficultÉ : le cas des agrocarburants

A  l’opposÉ de la finance libÉralisÉe, dÉrÉgulÉe et globalisÉe, les politiques nationales de quelques pays en faveur des agrocarburants apparaissaient comme un exemple positif d’intervention Étatique traditionnelle. Trois risques devaient simultanÉment êtres conjurÉs : le risque climatique, par la rÉduction des Émissions de gaz   effet de serre, le risque stratÉgique d’une trop forte dÉpendance envers un cartel de producteurs d’hydrocarbures et le risque social d’une paysannerie frustrÉe si la libÉralisation du commerce mondial exigeait, dans les pays tempÉrÉs, la rÉduction des subventions agricoles.

La modernitÉ de cette approche multirisques s’effiloche rapidement. Le risque climatique serait peut-être aggravÉ par les cultures nÉcessaires aux agrocarburants dans les pays tempÉrÉs |34|. La contre-pression stratÉgique sur l’OPEP semble insignifiante. L’Échec du cycle de Doha, de l’Organisation mondiale du commerce, suspend l’ÉventualitÉ d’un dÉmantÈlement des subventions agricoles dans les pays riches et tempÉrÉs, et rend improbable la diminution des subventions agricoles. En revanche, les besoins en terre des cultures ÉnergÉtiques entrant en concurrence avec ceux des alimentaires, les prix des produits agricoles augmenteraient et la faim dans le monde progresserait. Plus de la moitiÉ de la demande supplÉmentaire en cÉrÉales et en olÉoprotagineux serait   inscrire au dÉbit des agrocarburants |35|. Leur montÉe en puissance serait suffisamment forte pour effacer les gains de productivitÉ   attendre, et conduirait au maintien de prix ÉlevÉs durant les dix prochaines annÉes. A  nouveau, la connexitÉ des risques approfondirait les crises, qui se renforceraient l’une l’autre. La hausse des prix alimentaires entraînerait celle des matiÈres premiÈres des agrocarburants, lesquels,   leur tour, augmenteraient les pressions   la hausse sur les productions alimentaires, et ainsi de suite Salmon, Jean-Marc, Y-M, 2008, (coordonnÉ par),Environnement et agrocarburants, MEEDDAT, Paris..

Le risque rÉducteur de cette vision, pertinente dans les pays occidentaux, est qu’elle obscurcisse les potentiels positifs des agrocarburants dans les pays tropicaux pour un dÉveloppement rural plus soutenable (Sachs, 2007), leur indÉpendance ÉnergÉtique mais aussi pour la diminution des Émissions de gaz   effet de serre A “, pour autant que l’extension des cultures nÉcessaires ne se fasse pas au dÉtriment de la forêt.

Quelles politisations des risques globaux ?

Les exemples de la finance et des agrocarburants conduisent   demander comment la connexitÉ des risques et la multicrise ont   voir avec les modes de gouvernement. La possibilitÉ que des mÉcanismes ou des stratÉgies antirisques se retournent contre leurs objectifs, et contribuent   aggraver les crises, mÉrite d’être pensÉe.

Elle conduit en consÉquence   plusieurs interrogations. Peut-on espÉrer des crises ? Peuvent-elles Épuiser leurs causes au point que les risques cessent d’entrer en rÉsonance les uns avec les autres, version conservatrice ? Ou, inversement, dans une version rÉvolutionnaire, permettront-elles la destruction des topos de leurs naissances ? Ou encore, faut-il penser stratÉgiquement   dÉsynchroniser les crises utilisant la connexitÉ des risques ? Peut-on substituer   des synergies subies, qui amÈneraient les risques   rÉsonner les uns avec les autres, des synergies pensÉes, qui contribueraient   dÉnouer la multicrise ?

De même, peut-on utiliser la crise alimentaire comme un levier civilisationnel ? Peut-on s’attaquer   la crise Écologique pour rÉtablir une suprÉmatie du long terme sur l’immÉdiatisation, le « tout, tout de suite » qui caractÉrise non seulement la finance mais nombre des activitÉs humaines d’aujourd’hui ? La crise pÉtroliÈre peut-elle fournir un point d’appui ?

Les risques globaux requiÈrent la constitution de communautÉs transnationales pour les affronter |36|. Mais ces communautÉs peuvent-elles se constituer en archipels ? Sur une planÈte où les sociÉtÉs sont de plus en plus interconnectÉes, comment peut-on interconnecter les pensÉes des risques ? La politisation des risques globaux peut-elle jouer un rôle pour rediriger la mondialisation ? Ces choix resteront-ils confinÉs aux acteurs professionnels concernÉs, les stakeholders, et   leurs autoritÉs de rÉgulation, selon les rÈgles affichÉes de la gouvernance ? Ou, affectant peu ou prou, l’ensemble des sociÉtÉs vont-ils être plus politisÉs pour êtres dÉbattus et gouvernÉs ?

|1| Cette analyse a ÉtÉ rÉdigÉe dans le cadre de l’UniversitÉ europÉenne et internationale d’ÉtÉ, Niort, 4 – 7 septembre 2008 (www.audeladudeveloppement.org).

|2| Friedman, M. & Schwartz, A., 1963, A Monetary History of the United States : 1867-1960, Princeton University Press, Princeton, NJ.

|3| Eichengreen, B., 1996, Globalizing Capital- A History of the International Monetary System, Princeton University Press, Princeton, NJ, (L’expansion du capital : une histoire du systÈme monÉtaire international, L’Harmattan, paris, 1997.)

|4| Salmon, Jean-Marc, Y-M, 2000, Un monde   grande vitesse. Globalisation mode d’emploi, Seuil, Paris.

|5| Mulgan, G., 1997, Connexity : Responsability, Freedom, Business and Power in the New Century, Chatto and Windus, London.

|6| Aglietta, M., 2008, « Les crises financiÈres : plus §a change, plus c’est la même chose », dans « Crise financiÈre : analyses et propositions », Revue d’Économie financiÈre, hors-sÉrie, juin.

|7| David Reilly, « Embracing regulation », Financial Analysis and Commentary, The Wall Street Journal, 20 octobre 2008.

|8| Beck, U., 1999, World Risk Society, Polity Press, Cambridge, UK.

|9| Gollier, C., 2008, « LiquiditÉ, incertitude et crise » dans « Crise financiÈre : analyses et propositions », Revue d’Économie financiÈre, hors-sÉrie, juin.

|10| La Fed adopte l’objectif monÉtariste d’une croissance constante de l’offre monÉtaire (dÉpôts bancaires et rÉserves des banques), dÉfendu par M. Friedman, en 1979 et l’abandonne officiellement en 1984, aprÈs que le taux de chômage dÉpasse les 10% en 1982.

|11| Source : SEC, citÉ par Financial Times, 25 septembre 2008, p. 2

|12| Chesnais, F., 2007, La mondialisation du capital, Syros, Paris.

|13| L’Épargne dÉposÉe dans des instruments non-rÉglementÉs, les FCPE, passe de moins de 100 milliards USD en 1980   prÈs de 500 milliards USD en 1990.

|14| Reinhart, C. M. & Rogoff, K. S., 2008, Is the 2007 Sub-Prime Financial Crisis So Different ? An International Historical Comparison NBER, draft, January 2008.

|15| Source : http://www.bis.org/statistics/index.htm (Rappelons que l’ensemble des produits dÉrivÉs se montaient   596 004 milliards de dollars en dÉcembre 2007).

|16| Y a-t-il eu de l’hubris chez certains des promoteurs des CDO ? Ont-ils cru, alors que la hausse de l’immobilier risquait de s’essouffler, qu’ils pourraient l’entretenir en solvabilisant une clientÈle qui en Était de plus en plus exclue ? Voir l’article de Martha Poon sur le site de Mouvements :

|17| cf Aglietta, op. cit.

|18| Pollin, J.-P., 2008, « De la crise   la rÉcession : une lecture A œ  la BernankeA  »,Revue d’Économie financiÈre, hors-sÉrie, juin.

|19| Stiglitz, J. E. ; Greenwald, B., 2003, Towards a New Paradigm in Monetary Economics, Cambridge University Press, Cambridge, UK ; (Economie monÉtaire. Un nouveau paradigme, Economica, 2005, Paris.)

|20| Cf. K. Scannell, The Wall Street Journal, 29 septembre 2008, p. 19

|21International Herald Tribune, 4-5 oct. 2008, p. 16.

|22| Sur les huit annÉes de la prÉsidence de G.W. Bush, le budget fÉdÉral est en dÉficit les six derniÈres annÉes. Le dÉficit dÉpasse les 4% du PIB en 2004 et 2008.

|23| J. Nocera & E. L. Andrews, The New-York Times, 23 octobre 2008.

|24| Source : Markit CDX index

|25The Wall Street Journal, 29 septembre 2008, p 31.

|26| Mollenkamp C. , Ng S., Pleven L. & Smith R ., The Wall Street Journal, 3 novembre 2008, p. 1.

|27| A l’automne 1998, l’effondrement de LTCM fut liÉ   l’usage de modÈles informatiques. Krugman, P., 1999, The Return of Depression Economics, W.W. Norton & Company, New-York, (Pourquoi les crises reviennent toujours, Editions du Seuil, 2000, Paris.)

|28| En 1987, il y avait 17 345 Établissements couverts par une garantie de l’Etat fÉdÉral ; il n’y en avait plus que 10 924 en 1997, soit une chute de 37% en dix annÉes-Stern, G. H. & Feldman, R. J., 2004, Too Big To Fail. The Hazards of Bank Bailout, Brookings Institution Press, Washington D.C.

|29| Reinhart & Rogoff, op. cit.

|30| Le dispositif de Bâle II, discutÉ dans le cadre de la BRI, est organisÉ autour de trois « piliers » : des exigences de fonds propres plus ÉlevÉes, avec une Évaluation selon « la valeur de marchÉ », un renforcement des pouvoirs des superviseurs des banques commerciales et une communication financiÈre pl
us complÈte de ces Établissements. Les normes de Bâle II sont dÉjà  applicables dans l’Union europÉenne, elles devraient l’être aux Etats-unis en 2010

|31| Là  encore, le durcissement des dispositifs de protection (Bâle II) se retourne contre son objectif de protÉger des risques

|32| Entre septembre et octobre 2008, le co»t d’une assurance contre la banqueroute de l’Italie et de la GrÈce a doublÉ, cf. Perry J. & Rappaport L., The Wall Street Journal, 31 octobre 2008, p. 27

|33| L’agence internationale de l’Énergie projette un rebond du prix du baril de pÉtrole au-dessus de 100 dollars dÈs une reprise Économique. Voir IEA, World Energy Outlook 2008, OECD Publications, Paris.

|34| (Fargione, F., Hill J., Tillman D., Polasky S. & Hawthorne P., 2008, « Land-clearing and the biofuel debt », Science 319, pp. 1235-1238.

|35| OCDE-FAO, 2008, Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2008-2017, Publications de l’OCDE, Paris.

|36| Beck, U., 1999, World Risk Society, Polity Press, Cambridge, UK.