Une analyse collective de l’interprétation du droit chez Max Weber. Jean-Philippe Heurtin et Nicolas Molfessis (sous la direction de), La sociologie du droit de Max Weber, Paris, Dalloz, 2006.

Ouvrage pour érudit, La sociologie du droit de Max Weber constitue une véritable exégèse de la pensée wébérienne du droit, et en particulier de la partie intitulée « Sociologie du droit » de son ouvrage Economie et société. L’exégèse est multiple car il s’agit d’un ouvrage collectif issu de conférences organisées conjointement par le Laboratoire de sociologie du droit de l’Université Panthéon-Assas et de l’Association française de sociologie du droit, qui confronte donc point de vues de juristes, de sociologues du droit et de philosophes. Cependant, malgré l’hétérogénéité des contributions, un fil rouge parcourt l’ouvrage, le même d’ailleurs qui parcourt l’œuvre de Max Weber : celui de la rationalisation et du désenchantement du monde, perçu et analysé cette fois à partir de la dynamique de transformation du droit.

Weber s’est attaché à décrire la rationalisation du droit : sa rupture progressive avec le droit naturel et les valeurs qu’il porte (le fameux « charisme de la Raison ») pour devenir finalement un droit purement formel où la légalité, la logique rationnelle et la prévisibilité de l’application de la règle se sont substituées à la morale et aux valeurs comme fondement de sa légitimité. Cependant, cette dynamique n’est pas sans risque ni tension : la formalisation et la rationalisation contribuent au désenchantement du monde, à une perte de sens et une fragilisation des institutions juridiques et démocratiques qui ne manquera pas d’appeler, selon Weber, une rematérialisation du droit, autrement dit un retour aux valeurs comme fondement du droit. Cette dynamique est analysée par les différents contributeurs de l’ouvrage à partir de points de vues variés : le dilemme wéberien sert à Philippe Chanial de matrice à partir de laquelle relire les débats sur la nature du droit moderne de Bentham à Habermas, Frédéric Vandenberghe s’en sert pour mettre à jour les présupposés finalement éminemment politiques (au corps défendant de Weber lui-même) de la thèse du désenchantement du monde, Romain Mélot l’aborde à partir du statut accordé par Weber aux droits subjectifs (ces prétentions que les individus peuvent avoir vis-à-vis de l’Etat), alors que Jean-Phillipe Heurtin explore les ambivalences wéberiennes face aux droits de l’homme, ne pouvant se passer d’une référence matérielle alors que le reste du droit a rompu avec le « charisme de la raison ».

Chaque contributeur propose un examen extraordinairement détaillé et nuancé de la pensée wéberienne, et le livre constitue de ce fait un guide d’accompagnement privilégié pour approcher la complexité de l’analyse de Weber sur le droit. Il témoigne aussi probablement de l’existence d’une véritable école française de lecture de Weber et en particulier de sa sociologie du droit, ouverte il y a déjà longtemps, dans les pages de la revue Droit et société. En revanche, l’ouvrage paraîtra sûrement un peu aride aux néophytes…