GAZA. Les tentatives d’Israël visant à assurer sa sécurité par le recours à la force s’avèrent être des échecs. Comprendre les motivations qui poussent Israël à poursuivre dans cette voix implique de revenir sur ses fondements discriminatoires et son « désir d’être haï ». 18 janvier 2009.

L’autodéfense par le suicide souligne le caractère unique de l’apartheid israélien.

A l’instar du Liban en 2006, le peuple de Gaza est massacré par les pilotes assassins d’un Etat assassin. Les forces à terre massacreront bientôt plus encore. Cette répétition de la violence à grande échelle par Israël, à laquelle on s’attendait largement, s’accomplit après un long processus déclenché au moment où Israël a retiré unilatéralement ses colonies et son infanterie de Gaza, mais seulement pour organiser ce qu’on décrit comme un zoo d’êtres humains surveillé à distance.

Israël a maintenu son contrôle absolu sur les frontières de Gaza, ses espaces aérien et maritime, son économie, son électricité, ses ravitaillements en nourriture et en médicaments. Les gens de Gaza ont été affamés, humiliés et constamment mis sous pression. Cependant, la question de savoir si le retrait a été fait avec de bonnes intentions ou non passe à côté des raisons qui conduisent à tirer par défi des roquettes vers les villes israélilennes de Sderot, Ashkelon et Beer Sheva.

Au-delà du soulagement à court terme de voir s’arrêter les tirs de roquettes, l’échelle de cette violence israélienne relève d’une pétition de principe et nous oblige à réfléchir. Les actions d’Israël, que celui-ci justifie par la rhétorique du « non choix » (ein brera) et de la « légitime défense », peuvent pendant un temps poser un couvercle sur le volcan de la haine qui entoure Israël et jusque dans son sein ; mais, après l’effet du choc initial, elles sont assurément destinées à créer bien plus de violence.

Les assassinats ciblés de membres du Hamas, le renversement même de l’organisation, la destruction de son infrastructure et de ses bâtiments n’écraseront pas la légitime opposition à l’entité sioniste, arrogante et moralement autosatisfaite (self-righteous). Aucune armée, même bien équipée et bien entraînée, ne peut gagner un combat contre un nombre toujours plus grand de gens qui n’ont plus de raison de craindre de mourir. S’il y avait de la haine contre les Israéliens avant le massacre de Gaza, la haine qui va suivre va être d’un ordre de grandeur bien différent.

Étant donné l’échec assuré des tentatives visant à imposer la stabilité par la violence, l’intimidation, la famine et l’humiliation, à quoi peut correspondre le souhait qui anime l’Etat israélien ? A quoi les Israéliens imaginent-ils aboutir avec ce massacre ? Il doit y avoir, pour les Israéliens, quelque « être » et quelque façon de penser qui est préservé, même défendue, par cette pathologie consistant à vouloir provoquer un état permanent de violence contre eux-mêmes. Quelle sorte d’autosatisfaction morale conditionne donc cette volonté autodestructrice d’être haï ?

Gaza nous en donne elle-même un indice. Beaucoup de Palestiniens qui vivent à Gaza sont les enfants descendants des 750 000 réfugiés expulsés en 1948 de ce qui est aujourd’hui l’Etat juif. Ashkelon s’est construite sur les ruines du village palestinien d’al-Majdal dont les habitants furent expulsés en 1948, beaucoup vers Gaza. C’est seulement par une purification ethnique massive qu’un Etat de majorité et de caractère juifs a pu s’implanter. Toute juste application du droit reconnu internationalement pour les réfugiés de revenir chez eux signifierait effectivement la fin du projet sioniste. Ceux qui choisiraient de revenir ne feraient pas que menacer la majorité juive. A leur retour, ils exigeraient sûrement pour eux, et avec force, une citoyenneté égale. Ce faisant, ils remettraient en cause l’idée discriminatrice qui est à la base de l’Etat juif qui accorde une plus grande part de citoyenneté à ceux qui réussissent le test de la judaïté, qu’ils vivent dans le pays ou ailleurs. Ainsi, pour la même raison qu’Israël discrimine ses propres citoyens non juifs, il empêche le retour des réfugiés.

La prolifération et la prédominance du discours d’autodéfense et ses effets secondaires – la reconnaissance sans critique de la légitimité de l’Etat israélien – parviennent à cacher le fait qu’Israël lui-même est un Etat d’apartheid qui est fondé sur l’idée d’apartheid (séparation). Et au nom de ce principe sous-jacent d’apartheid, l’occupation, la dépossession et la discrimination frappent tous les Palestiniens, tant à Gaza, en Cisjordanie, qu’en Israël et même à travers le monde.

Ainsi, l’idée qui est en réalité « préservée », c’est le refus, ou plutôt l’incapacité, des Israéliens à s’interroger sur le fondement discriminatoire de leur propre Etat. Opposer le mantra dissimulateur sur les tirs de roquettes du Hamas à l’autodéfense légitime d’Israël enrôle de force et avec cynisme tant les Palestiniens de Gaza que les Israéliens de Sderot. Couvrir la réticence de l’Etat juif à affronter la question du sionisme colonial et raciste est plus important que chacune et chacun d’entre eux.

Admettre le droit d’Israël à exister dans la sécurité en tant qu’Etat juif est devenu aujourd’hui le point de référence d’une modération politique. Obama est déjà en train de chanter la chanson. Les antisionistes égalitaristes qui défient ce droit échouent au test. Cette voix antisioniste, exclusive et modérée, insiste sur le fait que les injustices contre les Palestiniens découlent de l’idée même d’Etat sur laquelle Israël est fondé. Elle dit avec insistance que les injustices envers les Palestiniens recouvrent toute la Palestine historique, sans qu’on puisse diviser celle-ci afin que les injustices ne soient visibles que dans les territoires, dont Gaza, qu’Israël occupe depuis 1967.

Laissons alors le bavardage stérile sur l’autodéfense qui ne vise que les « critiques » contre Israël mais pas ce qui les rend légitimes : l’origine de la violence dans Gaza est intimement liée à la manière dont l’Etat israélien a vu le jour et dont il tolère toujours l’idée d’apartheid dans son essence même. Israël ne doit pas être « réformé » ou « condamné », mais remplacé par une unique structure égalitariste sur toute la Palestine historique.

Israël a besoin d’un cycle permanent de violence. Aussi longtemps que ce cycle est provoqué par une oppression quotidienne, les Israéliens arrivent à maintenir ce havre où ils peuvent s’unir derrière leur incapacité à regarder leur mentalité d’apartheid. La violence entretient une zone dans laquelle cette vieille menace existentielle étouffe toute possibilité de véritables empathie et autoréflexion égalitariste. Dans le même temps, la violence est un moyen nécessaire pour ancrer la prétendue légitimité de ce qu’on prétend être la seule alternative à cette violence. Cette alternative n’est rien d’autre que l’échec « étonnant » d’un processus de paix « sensé », « raisonnable » et « modéré » débouchant sur deux Etats, un processus qui vise à
légitimer l’Etat d’apartheid une fois pour toutes. Le discours a été récupéré de telle sorte que les appels urgents à la cessation immédiate de la violence raniment ce projet pour deux Etats, essentiellement injuste et voué à l’échec mais qui garantit la poursuite de la violence.

Hélas, la pathologie qui consiste à générer la violence contre soi-même, violence qui suspend toute réflexion sur le fond de l’apartheid, ne réussit qu’au prix d’une haine énorme. Cette pathologie israélienne aboutira, furtivement et fatalement, à ce que les Israéliens craignent le plus. Il n’y a effectivement « d’autre choix » pour le projet nationaliste des éternelles victimes, que le suicide avec ceux qu’il opprime.

Le désir sublimé du sioniste d’être haï est son carburant pour l’unité et l’autosatisfaction d’Israël. Cette nature autodestructrice, dissimulée derrière une volonté d’auto-défense, émane de forces profondes et anciennes dont le sionisme n’est qu’un symptôme et un indice. Ce qui préserve ces forces autodestructrices garantit au projet nationaliste d’apartheid des éternelles victimes de n’être qu’un phénomène éphémère. Lorsqu’il est enrayé au stade du simple nationalisme, la mentalité de victime originelle se protège en engendrant le suicide collectif de ce projet nationaliste.

L’autodéfense par le suicide souligne le caractère unique de l’apartheid israélien. La rhétorique tant du non choix que de l’autodéfense renferme une chronique effrayante d’un suicide annoncé. En dépit de sa puissance militaire, Israël est un Etat faible et mourant qui souhaite s’autodétruire. Les plus puissantes nations au monde facilitent ce processus suicidaire et nous incitent d’urgence à le méditer|.

Cet article est initialement paru sur le site Info-Palestine.

Traduction révisée par les soins de Mouvements.