Mouvements publie ici un manifeste pour une campagne de grève de la dette, rédigé par des militant-e-s d’Occupy Wall Street pour le lancement de la campagne.

Lorsque vous faites la grève de la dette, sachez que :

1/ Nous sommes prêts ! La dette n’est pas un gage.

La dette n’est pas personnelle, elle est politique. Le système de la dette vise à nous isoler, nous faire taire et nous faire peur pour mieux nous soumettre au diktat de la solvabilité. Il est maintenant temps pour nous de sortir ensemble de l’ombre en public. La dette est immorale. Elle est une relation d’oppression proche de la servitude.

Nous sommes forcé-e-s à prendre le chemin du remboursement sans fin et sommes censé-e-s avoir honte lorsque nous n’arrivons plus à nous sortir de ce cercle de la dette. Nous devons vendre notre temps, nos âmes, faire des boulots qui ne nous intéressent même pas, juste pour payer des intérêts à la banque. Maintenant que la dette est si répandue, beaucoup d’entre nous ont honte d’endetter les autres.

Nos métiers, de professeur à avocat ou médecin, sont devenus des moyens pour orienter davantage de victimes vers des usuriers. Alors, peut-être que nous faisons avant tout la grève de la peur, nous refusons la honte, nous brisons l’isolement. Lorsque nous faisons la grève la dette, nous nous autorisons à être plus qu’un ensemble de chiffres. En un sens, nous créons la possibilité d’une imagination. Nous n’abdiquons pas notre responsabilité, nous exerçons notre droit fondamental à refuser les injustices.

2/ Nous vivons dans une société de la dette, que permet et maintient le système de dette-prison

La dette étudiante s’élève à 1 milliard de dollars. 64% des faillites sont causées par la dette des dépenses de santé. 5 millions de foyers ont déjà été expulsés, 5 autres millions sont en défaut de paiement et menacés d’expulsion. Les dettes contractées par carte de crédit s’élèvent à 800 milliards de dollars, générant un intérêt moyen de 16,24% sur l’argent, que les banques empruntent à 3,25%. L’endettement permanent est la caractéristique prédominante de la vie américaine moderne.

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Maintenir cette situation d’échec est un système étrangement spécifique aux États-Unis, où les incarcérations de masse, la ségrégation raciale et la servitude à la dette se renforcent mutuellement. Le choix est difficile : la dette ou la prison.
Deux millions de personnes sont en prison, sept millions sont impliquées de diverses façons dans le système « correctionnel », les subprimes et autres programmes de crédit prédateurs destinés aux gens de couleur : il s’agit d’un système conçu pour priver les personnes de leurs droits et les exclure.

La dette est ce qui lie et contraint les 99%. Nous devons transformer notre système économique défaillant qui appauvrit des millions de personnes tout en détruisant l’écosystème. Pour cela, Strike Debt utilise une diversité des tactiques qui comprend le Jubilé tournant , le renflouage du peuple (People’s Bailout) et une vigoureuse organisation pour mettre en place une grève de la dette et abolir la dette telle qu’elle existe actuellement, afin de reconstruire une société juste où nos dettes et nos obligations nous lient les uns aux autres et non au 1%. Les 99% sont contraints de s’endetter pour payer les besoins sociaux de base tels que l’éducation, le logement, les soins de santé, tandis que les 1% en tirent profit. Nous ne pouvons plus nous permettre notre propre oppression. Nous sommes des citoyens, des propriétaires, des locataires, des enseignants, des élèves, des parents, des enfants, des débiteurs et des personnes en défaut de paiement, et nous ne sommes redevables de rien aux banques. Nous nous devons tout aux uns et aux autres.

3/ Une grève de la dette est en cours

Quelque chose est en train de se passer dans notre société de la dette. 27% des prêts étudiants sont en défaut. 10% de la dette de carte contractée par cartes de crédit a été radié comme irrécouvrables. Les saisies et les défauts de paiement sont endémiques. Les gens commencent à se sortir de la dette. Comment appelons nous cela ? Nous pourrions l’appeler un refus. Mais nous pourrions également l’appeler grève de la dette. En cette période chômage élevé, de défaitisme syndical et de précarité de l’emploi, nous ne pourrons peut-être pas exprimer notre désaccord en n’allant pas travailler, mais nous pouvons refuser de payer. Aux côté du mouvement ouvrier, un mouvement des endettés. Pour celles et ceux qui ne peuvent faire grève, nous proposons un Jubilé tournant, dans le cadre duquel nous rachetons de la dette en défaut de payant, largement revendue en ligne pour quelques centimes de dollars : et ensuite, nous l’abolissons. Ce sera financé par le Renflouement Populaire (Ndt : People’s Bailout) et d’autres formes d’aide mutuelle qui préfigureront les alternatives à la société de la dette.

4/ En faisant la grève de la dette, nous vivons nos vie plutôt que de rembourser un emprunt

Nous refusons d’hypothéquer nos vies. Nous rejetons les calculs que la dette nous impose ; ces calculs qui nous disent que nous ne pouvons « nous payer » la possibilité de prendre soin de communautés parce que nous devons « rembourser » indéfinement les banques, au-delà et au-dessus de ce que nous avons emprunté. Nous remettons en cause la domination du marché dans chaque aspect de la vie sociale et culturelle. Nous voulons abolir les trajectoires de vie qui commencent par la certitude de la dette avant même la naissance et s’achève par un solde des comptes post-mortem. C’est du terrorisme financier. Nous voulons reconstruire un monde social dans lequel nous pouvons nous appréhender les uns les autres comme des humains, admettre nos différences et reconnaître que la chimère de la croissance économique permanente ne peut pas dépasser les ressources écologiques actuelles.

5/ Nous revendiquons la nécessité d’une abolition de la dette et de la reconstruction

L’abolition de la dette est perçue comme une revendication impossible. « La dette doit être honorée ! » À moins que vous ne soyez une entreprise, une banque, une compagnie de services financiers ou un État souverain. Nous savons que la dette est au cœur du capitalisme financier et que ce système est truqué, pour qu’il profite à ceux qui sont en haut. La question n’est pas de savoir si la dette sera abolie, mais quelle dette sera abolie. Les banques, les États-nations et les multinationales ont vues leurs dettes « restructurées », ce qui signifie qu’elles ont été remboursées par les gens, qui doivent maintenant payer plus. Les dettes de celles et ceux au nom de qui ces actions ont été entreprises devraient elles aussi être abolies. Nous pourrons alors commencer la reconstruction, agir sur les circonstances qui créent la spirale destructrice de la dette personnelle permanente. En ce moment, nous devons emprunter pour nous assurer nos besoins de premières nécessités, qui devraient être fournis à tou-te-s : le logement, l’éducation, la santé, et la tranquillité à un âge avancé. Au même moment, partout dans le monde, la dette est utilisée pour justifier les coupes de ces mêmes services. Nous avons conscience que la dette gouvernementale n’a rien à voir avec la dette personnelle. Le problème, ce n’est pas que nos villes et nos pays soient en faillite, mais que la richesse publique est accaparée. Nous avons besoin d’un nouveau contrat social qui permette un usage équitable de la richesse publique et préserve le droit à une vie fondée sur l’entraide mutuelle plutôt que structurée par la dette personnelle tout au long de la vie.

Traduit par Morgane Iserte et Nicolas Haeringer – www.mouvements.info
NdT : le manifeste commence par « You are not a loan », littéralement « vous n’êtes pas un prêt », mais phonétiquement « vous n’êtes pas seuls », que nous avons choisi de traduire pas « Nous sommes prêts, la dette n’est pas un gage.

Ce texte a été publié dans Tidal #3, la revue d’OccupyTheory – www.occupytheory.org