GAZA. Gus Massiah expose ici ce qu’il estime être les priorités du mouvement de solidarité contre la guerre et la colonisation : soutenir la résistance palestinienne dans son ensemble ; veiller à ne pas en accroître les divisions mais à en favoriser l’unité ; assumer nos propres responsabilités vis-à-vis de la communauté internationale. 20 janvier 2009.

Encore une fois. Encore une guerre qui vient ajouter ses déchaînements et ses massacres à une situation déjà insupportable. La violence des sentiments accompagne la violence inacceptable de la guerre. Il faut pourtant, malgré la difficulté à le faire, au delà de l’émotion et de la colère, prendre la mesure des enjeux pour construire une pensée de la situation du point de vue de la solidarité internationale.

Notre solidarité va au peuple palestinien et au peuple israélien comme elle va à tous les peuples et en particulier à tous les peuples de la région qui voient leur histoire entravée par ce conflit interminable et par la politique israélienne constante appuyée sans discontinuer et sans nuances par les politiques des États-Unis et de l’Union Européenne.

Les deux peuples ne sont pas pour autant dans la même position et la solidarité doit prendre des formes spécifiques en fonction de la situation. Le peuple palestinien est en position colonisée, opprimée et dominée. Notre solidarité passe d’abord par l’affirmation du refus de cette colonisation et de cette oppression et de cette domination.

Notre soutien va à la résistance du peuple palestinien dans son ensemble. C’est à lui de choisir les formes de sa lutte et de sa résistance. Les contradictions et les positions divergentes existent toujours dans toute lutte de libération et la manière de les résoudre est une tâche difficile et essentielle. Les divisions de la résistance sont un facteur d’affaiblissement ; elles compliquent aussi les tâches de la solidarité. C‘est au peuple palestinien de trouver le chemin de l’unité de la résistance. Notre soutien doit éviter tout ce qui peut accroître ses divisions et soutenir tout ce qui va dans le sens de son unité.

La question centrale pour les Palestiniens, celle de l’unité de la résistance, ne sépare pas l’OLP du Hamas, elle les traverse. Il ne faut pas entrer dans le jeu manipulé de la division entre l’OLP et le Hamas.

Il est aberrant de refuser de reconnaître le Hamas comme une des forces les plus actives de la résistance, comme une des parties légitimes de la société palestinienne et comme un courant qui a été reconnu dans des élections. Ce qui n’empêche pas d’interroger et d’évaluer, à partir d’une analyse critique politique, ses projets et ses pratiques. Il faut insister sur le caractère contradictoire de ce mouvement. Ce n’est pas le caractère religieux du Hamas qui est en cause. Un parti religieux, extrémiste ou pas, n’est pas une exception, surtout dans la région et notamment en Israël. La contradiction qui travaille le Hamas est politique. Certains d’entre eux rêvent d’un état théocratique, à opposer à un autre état théocratique, celui d’Israël, et défendent une conception de la société porteuse de dangers pour les libertés individuelles et collectives. D’autres se définissent par rapport à la situation et sont conscients de la nécessité de construire l’unité. L’intervention israélienne et les massacres les ont amenés à assumer un rôle majeur dans cette résistance et dans leur responsabilité dans le maintien de la diversité de la population palestinienne. Les dirigeants israéliens ont choisi, classiquement comme tous les colonisateurs, de renforcer les courants extrémistes du Hamas, pour tenter de disqualifier la résistance. Avec cette idée absurde, toujours présente chez les militaires coloniaux qui pensent que le dernier quart d’heure est arrivé et qu’on peut régler le problème par la force. Ils ont réussi en fait à lui donner une plus grande légitimité.

L’OLP, et plus particulièrement le Fatah, est aussi dans une position contradictoire. Certains sont englués dans le pouvoir et leurs responsabilités dans la crise de l’OLP sont certaines. N’oublions pas toutefois le rôle que les Israéliens jouent scandaleusement avec le soutien actif et lâche de la communauté internationale. Ils sont aussi accusés sans relâche d’autoritarisme et de corruption. Cette corruption et cette impuissance sont largement réelles. D’autant que le refus de toute avancée dans les négociations vient renforcer le mécanisme des aides, productrices de rentes et de dépendance et favorisant toutes les dérives. Pour autant, tous les cadres de l’OLP ne sont pas tous corrompus et nous en connaissons qui ont consacré leur vie à la résistance et à leurs idées. Nous savons leur difficulté et nous leur conservons notre confiance. Les dirigeants israéliens ont choisi de faire cadeau au Hamas de la disqualification de l’Autorité, en jouant à la ridiculiser. Ils espèrent ainsi disposer d’un pouvoir faible et discrédité qui leur laissera les mains libres pour leur politique de colonisation. Les dirigeants arabes, pour beaucoup d’entre eux, ne sont pas mécontents de remettre en cause l’autonomie politique du peuple palestinien dont ils se sont toujours méfiés. Le Fatah est partagé entre ceux qui pensent qu’il faut tout sacrifier à la sauvegarde d’un espace de négociation et qui acceptent de s’appuyer sur l’armée israélienne pour se débarrasser du Hamas et ceux qui pensent qu’il faut reprendre le fil de la résistance et construire l’unité du peuple palestinien.

La question centrale de la société israélienne est celle de la colonisation, d’un État et d’une société coloniale. Notre solidarité va d’abord vers les forces anti-coloniales. Il s’élargit à toutes les forces de paix dans la société israélienne, tout en rappelant le refus de la colonisation.

L’État d’Israël est un état colonial, colonialiste et fier de l’être. Un des derniers de la planète. La colonisation relancée et continuée sans vergogne dans les territoires a eu raison des frêles espoirs de paix. La société israélienne, largement militarisée et fanatisée, est travaillée par sa situation de colonisatrice. Elle illustre avec une actualité cruelle la prédiction d’Aimé Césaire : la colonisation avilit le colonisateur ; elle conduit à la barbarie. À ses amis israéliens, Sartre en 1967, avait déclaré : il n’y a pas de bonne colonisation, vous y perdrez votre âme. Accepter l’horreur, pas à pas, c’est descendre une marche dans la barbarie. Toutes les armées coloniales ont conduit la guerre du fort au faible et perpétué des massacres. L’armée israélienne expérimente avec application, pour elle et pour les autres, la stratégie de l’écrasement et son extension aux guerres urbaines. Ce sont des guerres fondées sur la terreur, des guerres terroristes.

Ceux qui résistent aux passions déchaînées du nationalisme et du racisme ne sont pas nombreux. Ils ont accepté d’être minoritaires et assument cette difficulté. Ils ont droit à notre admiration, notre estime, notre soutien. Le camp de la paix a été minoré par une avalanche sociologique, l’arrivée de centaines de milliers de migrants venus de Russie dont une moitié de non-juifs encore moins sensibles à l’importance d’une présence durable dans la région. Sans oublier le scandale d’une politique discriminatoire envers les Arabes israéliens, renvoyés dans le trou noir d’une démocratie théocratique réservée.

Dans toutes les situations coloniales, ceux qui remettent en cause la communion et l’exaltation guerrière, sont toujours très peu nombreux, rejetés et menacés. Cette situation n’est pas fatale. Quand le peuple israélien se rendra compte que cette politique folle conduit son pays à sa perte, il se détachera des dirigeants cyniques qui sont prêts à tout. Comme aujourd’hui déjà, ces 500 habitants de Sdérot, ceux-là même qui servent à la propagande israélienne et à ses relais dans le monde, d’alibi pour le massacre, qui déclarent que les roquettes sont la conséquence du blocus et qui appellent à la fin de l’opération militaire à Gaza, à la levée du bouclage et à la reprise des négociations avec le Hamas. Comme aussi ces d
ix mille manifestants qui ont, à Tel-Aviv, en pleine guerre, réaffirmé leur refus de se solidariser avec cette guerre.

L’axe stratégique de la solidarité est clair. Ne rien faire qui rende plus difficile l’unité des Palestiniens et de la résistance. Soutenir la résistance dans son ensemble et soutenir ceux qui œuvrent pour son unité. Soutenir ceux qui luttent contre la nature coloniale de l’État israélien et de la société israélienne. Soutenir les forces de paix en Israël et dans la région. Sans oublier le fondement de notre action, en tant que mouvement de solidarité internationale, le renforcement à travers le partenariat des sociétés et de l’autonomie des formes d’organisation des sociétés civiles.

Et assumer nos responsabilités par rapport à ceux qui parlent en notre nom en France, en Europe et aux Nations Unies. Demander un cessez-le-feu immédiat sous peine de sanctions, le retrait des forces israéliennes hors de Gaza et l’installation d’une force de protection. Exiger du gouvernement français et de l’Union européenne qu’ils suspendent l’accord d’association avec l’État d’Israël et cessent toute coopération militaire avec ce dernier. Exiger du gouvernement français qu’il mette tout en œuvre pour faire respecter les résolutions des Nations Unies et demander des sanctions économiques et judiciaires contre Israël. Exiger de la communauté internationale qu’elle fasse respecter ses propres résolutions qui sont la base d’un règlement du conflit, notamment par la création d’un État palestinien pleinement souverain sur l’ensemble des territoires occupés. Appeler les mouvements sociaux et citoyens du monde à s’engager activement pour qu’une paix juste et durable s’installe enfin dans cette région du monde.