La conférence mondiale des peuples sur le changement climatique touche à sa fin. Non sans débats, parfois vifs, sur les orientations politiques et stratégiques.

Sprint – Dernier jour de la conférence, 22 avril 2010

Dernier jour de la conférence. Hier soir, les « résultats » des nombreux ateliers, négociés en grande partie à l’avance, ont été présentés. Il y a eu beaucoup de grandes annonces : le groupe de travail « visions partagées » a énormément parlé du « buen vivir », de la « bonne vie » pour tous. Les mouvements ont remporté quelques succès : les groupes Indigènes et leurs ONG alliées dans le groupe de travail « adaptation » sont parvenus à repousser les tentatives du gouvernement bolivien, de rendre le projet « REDD » (Réduction des émissions résultant de la déforestation et de la dégradation forestière – pour le dire autrement : je te file de l’argent pour que tu ne coupes pas un bout de forêt et pour que tu puisses ainsi continuer à brûler du charbon) politiquement acceptable pour les mouvements. Et il y a eu des conflits ouverts : le mouvement de petits paysans Via Campesina et ses alliés ont également cherché à modifier le résultat d’un groupe de travail – celui sur les « stratégies d’action » a proposé la création d’une sorte de nouvelle Internationale par en haut, ce que les mouvements ont refusé – mais, là-dessus, la discussion continue. Bien entendu : en dehors de ces conflits, des points communs extrêmement nombreux ont été exprimés, mais les conflits sont les plus passionnants, parce que la question la plus intéressante à long terme que soulève Cochabamba, est précisément celle de la relation entre les mouvements et les institutions, comme par exemple les gouvernements progressifs d’Amérique Latine.

À ce propos, une incise à laquelle je ne peux résister : dans son grand discours de mardi, Evo Morales a dit, de manière très sérieuse, que la consommation de poulet génétiquement modifié rend les hommes pédés. À Berlin, il serait viré, non sans fougue et sans raison, de tous les bars de gauche, pour avoir dit une telle bêtise totalement homophobe. Ici, il est le président de gauche, au côté duquel les mouvements se tiennent. Dois-je tolérer une telle chose, en tant que gringo en Amérique Latine ? Probablement pas. Heureusement, tous ceux avec lesquels j’en ai parlé (et d’autres aussi, comme la presse bolivienne par exemple) ont trouvé cela extrêmement embarrassant. On ne peut pas choisir tous ses amis…

C’est tout. Aujourd’hui, mon blog reste bref : nous, dans le réseau Climate Justice Action (CJA), avons notre atelier sur la mobilisation pour la journée d’action, dont je vous ai déjà parlé hier, dans quelques heures. C’est excitant : après des jours à attendre les réactions des mouvements sociaux, à attendre l’écho qui se produit quand quelque chose d’inspirant apparaît soudain à l’horizon, la mobilisation de CJA vers une journée d’action s’est transformée en une mobilisation à grande échelle de nombreux acteurs importants (à nouveau Via Campesina, mais aussi le réseau à tendance anarchiste Rising Tide, Jubilee South, peut-être 350.org, et de nombreux autres) pour une semaine d’action mondiale pour la justice climatique, du 10 au 16 octobre. Ca a rapidement ravivé le sentiment qu’on serait engagé dans un mouvement mondial…

(traduit par Nicolas Haeringer dans le cadre du projet www.m-e-dium.net)