Les candidats à la présidentielle veulent redorer la « valeur travail » sans jamais faire le lien avec la santé publique.
Echec de la promesse de démocratie participative de Ségolène Royal : elle aurait pu être performative, elle n’est que normative
Trop visible sans être bien connue, exposée politiquement et médiatiquement tout en étant peu ou mal réformée, l’institution judiciaire reste trop peu présente dans le débat politique.
La France doit se décentrer d’elle-même et repenser ses frontières en s’ouvrant aux Suds.
Il n’y aura pas de vivre ensemble sans décolonisation des imaginaires, pas d’imaginaire décolonisé sans ouverture à la diversité artistique et à la singularité d’expression.
La montée des logiques gestionnaires dans le sanitaire et le social va de pair avec l’expansion du discours compassionnel : de moins en moins de solidarité, de plus en plus de suspicion et de (...)
En omettant de parler de l’Europe, les candidats à la présidentielle deviennent néo-conservateurs.
L’absence de contrepoids aux intellectuels médiatiques n’a jamais été aussi criante : décor politique d’une campagne électorale où les « intellectuel-l-es spécifiques » peinent à trouver leur place.
Cette campagne présidentielle est un enterrement du féminisme sous la forme radicale et revendicatrice qui a toujours été sa source vivante.
Confondant " travail " et " emploi ", aucun candidat ne semble voir la disparition du modèle qui garantissait la continuité du revenu dans l’emploi discontinu
Il faut beaucoup d’imagination, à ce stade de la campagne électorale, pour se dire qu’en France les intellectuels ne sont pas tous des hommes, et que, parmi les sociologues, philosophes, historiens, juristes, économistes, etc., aujourd’hui au travail, se trouvent aussi… des femmes. De couvertures du Nouvel Observateur en cartographies des conseillers supposés des candidats publiés dans la presse quotidienne, de plateaux de télévision en tribune radiophoniques, le paysage hexagonal de la pensée semble s’être brusquement rétréci à la moitié de lui-même, dans l’indifférence générale. Qu’ils veuillent « changer la gauche » ou qu’ils soient « tentés » par la droite, qu’ils soient des habitués des médias ou de leurs laboratoires de recherche, les « intellectuels français » ne se déclinent qu’au masculin. Cette évacuation quasi complète de toute figure féminine révèle l’identification de la fonction intellectuelle à l’élite masculine blanche. Et quand les intellectuelles sont sollicitées, c’est surtout comme expertes de leur identité de genre, de la même façon que les intellectuels noirs ne sont consultés que pour parler de discrimination, d’esclavage et de colonisation.
Parce qu’au sein de la revue Mouvements nous ne pensons pas qu’il faut « en avoir » pour mériter l’attention et se voir reconnaître une légitimité à intervenir publiquement, nous avons demandé à dix chercheuses et artistes quels étaient les thèmes de fond à leurs yeux essentiels à un débat sérieux sur les perspectives politiques, économiques, sociales, culturelles et intellectuelles de la société française, et pourtant absentes, tout comme elles, de la campagne électorale. Elles ont répondu à notre invitation par des contributions aussi diverses que leurs parcours. À l’occasion de la journée internationale des femmes, en ce 8 mars 2007, nous les rendons publiques : décoloniser les imaginaires culturels et politiques, politiser la notion de soins, repenser l’intermittence contre la société du risque, refonder l’Europe comme alternative au repli identitaire, s’ouvrir aux Suds, créer un tribunal pénal international sur le travail, passer en matière de droits et de justice des constats aux actes, redéfinir les contours d’une démocratie performative et émancipatrice, en finir avec l’intellectuel néo-con et potiche. Liste incomplète – car loin de faire le tour de tous les oublis béants du débat actuel- mais ambitieuse, qui rend saillantes les contradictions internes des discours et représentations invoquées par les candidats à la présidentielle, ainsi que les simplifications destructrices de sens véhiculés par les médias dominants. Toutes partagent une commune inquiétude face à la binarisation excessive du discours politique et du débat d’idées : la France contre les pays du sud, l’Europe contre la Turquie, la répression contre la prévention, le travail contre l’emploi, le compassionnel contre le sécuritaire, etc. Les intellectuelles sollicitées par Mouvements ne s’expriment pas ici au nom d’un supposé « éternel féminin ». Mais en tant que femmes, elles font l’expérience d’une même mise à l’écart que rien ne semble devoir perturber. En définitive, ce qui compte ce n’est pas qui elles sont mais ce qu’elles font – travailler sur le terrain de leurs recherches respectives- et ce qu’elles en disent. Dossier coordonné par : Florence Brisset, Joseph Confavreux, Elsa Dorlin, Sonya Faure, Hugue Jallon, Thomas Heams, Eléonore Lépinard, Jade Lindgaard et Dimitri Nicolaïdis. Certaines contributions ont été recueillies sous forme de propos retranscris et retravaillés par leurs auteurs (Nilufer Gole, Pascale Molinier, Bams, Annie Thébaud-Mony). Les titres et chapeaux introductifs ont été rédigés par le comité de rédaction.